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Histoires de Bretagne 1

 

1 - La civilisation des Riedones, la "Bretagne préhistorique"  

et extraits "César la guerre des gaules"

1- La Civilisation des Riedones

 

      Des arpentages (Acigné, Laillé, Langon, Redon, Pacé, Melesse, Chateauneuf, ...) : des champs disposés en portions de 710 mètres de côté, avec des séparations s'appelant des "limes" (chemins, fossés, ..). Découvrez l'étude (ci-dessous) de l'arpentage d'Acigné/Servon et son "Vieux Grand Chemin" qui franchit par trois fois la "Vilaine".

 

             Pour les "Bretilliens"(terme récent désignant les habitants d'Ille-et-Vilaine) il convient de connaitre cette civilisation dont ils sont issus. Le responsable de la revue "Archéologie en Bretagne"- René SANQUER- m'aura autorisé en 1990 à faire parcourir cet ouvrage d'Anne-Marie ROUANET-LIESENFELT.Alors "Riedones" ou "Redones"? Rennes n'est pas "Riennes" et "Redon" "Riedon"../...Il est temps avec internet de vous faire partager quelques extraits de l'ouvrage cité qui en 1980 penchait pour un peuple de "Riedones":

    " On connait depuis 1868 l'inscription trouvée dans le rempart de Rennes qui mentionnait la (civ) itas ried (onum). On a alors désigné le peuple de "REDONES" que semblait appuyer la tradition littéraire. Cependant les manuscrits de la "Guerre des Gaules" de César donnent la forme "Redones et parfois Rhedones". La découverte de dédicaces de 1968 (T.Flavius Postuminus) se lisent au III ème siècle "Civitas Riedonum" et ainsi la forme "RIEDONES" s'emploie-t-elle dorénavant.

Le grammairien Consentius expliquait ces différences de notation par l'accent des Gaulois. Il écrivait au Vème siècle : "Les Gaulois emploient la lettre "i" d'une façon assez empâtée comme si, quand ils disent "ita" ils ne prononcent pas exactement le "i" mais je ne sais quel son plus empâté, entre "e" et "i"."

     Pline L'Ancien : "Les Rhedones dont la ville est Condate 20°40 - 47°20"

     Inscription dite de la Porte Mordelaise à Rennes/Condate : "A l'empereur César Marcus Antonius Gordien, pieux, heureux auguste, grand pontife, revêtu de la puissance tribunicienne, Consul, le Sénat des Riedones" IMP CAES M ANTONI GORDIANO PI FEL AVG P M TR P COS O R.

     La Conquête romaine : En 57 avant JC, Publius Crassus (que César avait envoyé avec une légion anéantir la flotte des Vénètes (Morbihan).. ) cite les Riedones, "peuples marins riverains de l'océan",... et lui fit savoir que tous ces peuples avaient été soumis à Rome. Les Riedones formaient un peuple groupé autour du confluent de l'Ille et de la Vilaine car le nom de leur capitale Condate est un toponyme gaulois fréquent, que portent aussi le confluent de la Saône et du Rhône, près de Lyon (là où se dressait l'Autel Fédéral des trois Gaules), celui de la Seine et de l'Yonne, et bien d'autres encore.

Soumission fragile : les Riedones, nommés par Jules césar "Redons", participèrent au grand soulèvement de Vercingétorix; pour l'armée qui devait secourir Alésia on demanda 20.000 hommes (à l'ensemble des 7 états formant l'Armorique).

Malgré les traces archéologiques nombreuses les prédécesseurs des Riedones nous sont mal connus. D'eux nous restent des haches de pierre, ou de bronze, à talon ou à douille, des armes, épées, pointes de lances ou de javelots, les traces d'un atelier de fondeur à Janzé, des bijoux, bracelets, lunules en forme de croissants, mais surtout le très beau "torques" trouvé à Cesson qui est conservé au Musée de Cluny.

Ajout AG :"Notons la découverte en 1972 de bracelets de l'époque du bronze (1000 ans av JC) près de la "Motte"d'Acigné. Ces bracelets avec des motifs géométriques avaient été incisés au burin."

     Les Riedones de l'époque celtique frappaient des statères d'or ou d'argent fourré de cuivre d'origine macédonienne. : "au droit la tête masculine laurée à droite, au revers un cheval au galop, le plus souvent à droite, conduit par un aurige, armé d'un fouet terminé par un vexillum et sous le cheval une roue à huit rais". On a trouvé des statères d'or à Liffré et Noyal-sur-Vilaine...

     Quand Auguste organisa la Gaule en 27 av JC les Riedones qui étaient déjà une unité constituée formèrent l'une des soixante "civitates" de Gaule. L'empereur leur affecta le territoire qu'ils possédaient déjà au temps de leur indépendance, approximativement le département d'Ille-et-Vilaine.Au nord la question se complique : les Riedones atteignaient-ils ou non la mer?

     Pour y répondre il convient d'observer dès le IVème siècle l'organisation de l'église de Gaule qui reprit pour cadres ceux de l'administration civile romaine. Ainsi à une "civitas" se superpose un évêché. La Borderie conteste cependant le cas des évêchés bretons. Pour lui ils reprennent les limites des royaumes bretons du VIème siècle, ce qui expliquerait la création des évêchés de Dol, de Léon, de Saint-Malo, qui porte à neuf le nombre des diocèses bretons, quand les "civitas" n'étaient que cinq. Mais Longnon fait remarquer que ces créations sont l'oeuvre de NOMINOE au IXème siècle, que, par ailleurs, les royaumes bretons de Poher et de Browerech n'ont jamais correspondu à un diocèse.D'autre part la suprématie de Tours encore admise au IXème siècle - puisque les réformes de Nominoë sont destinées à la combattre - n'est-elle pas un souvenir probant de l'organisation de la troisième Lyonnaise? Enfin, admettre la survivance, trois siècles après l'établissement des bretons , de divisions ecclésiastiques égales en nombre aux "civitates", ce serait admettre l'origine gallo-romaine de ces évêchés. Or en 848 la liste des évêchés bretons correspondait exactement à celle des "civitates" telle que la donnait la "Noticia Gallarium".L'identité entre le diocèse de Rennes et la "civitas redonum" dès cette date s'impose.

     En nous guidant sur les frontières de l'ancien évêché de Rennes tel qu'il existait en 1789 nous pourrions donc retrouver la "civitates des Riedones" en plaçant l'extension des Riedones au "Semnon" et non à la "Chère" véritable limite de 1789 parce que les paroisses comprises entre les deux fleuves ont été détachées en 1123 de l'évêché de Nantes et rattachées à celui de Rennes. Jusqu'aux environs de la commune du Louroux elle suit la ligne de partage des eaux entre les bassins de la Vilaine et du "Couësnon".Au Louroux il est vraisemblable que la limite de la "civitas des Riedones" suivait le cours de la "Glaine" jusqu'à son confluent avec l'"Airon", à la limite des communes de Loudroy et Louvigné-du-Désert. La "Glaine" longe le territoire de Bazouges-du-Désert dont le nom dérivé du latin "basilica" indique la proximité d'une frontière : les "basilicae" étaient des marchés installés auprès des limites de cités.

     Au nord vers la "Sélune" où s'arrêtaient les Riedones?Un point de repère nous est fourni par l'existence sur la rive droite du ruisseau d'"Yvrande" dont le nom gaulois marque le passage d'une frontière. Les Riedones atteignaient donc à cet endroit la "Sélune" mordant ainsi sur ce qui devint l'évêché d'Avranches entre les confluents de l'"Airon" et de l'"Yvrande".

     César en deux passages affirme que les Riedones atteignent l'Océan. Il est avéré que l'évêché de Dol qui, du IX eu XIIè sièclés, eut des prétentions à être la métropole de Bretagne, est une création de Nominoë, destinée à renforcer le pouvoir des évêques bretons contre celui des évêques francs partisans des Carolingiens.

     La frontière Nord/Ouest de l'évêché de Rennes, de Cintré à Bazouges-la-Pérouse est très artificielle, jalonnée par les bourgs des "Bazouges" sous-Gévezé, sous-Hédé et la-Pérouse; plus loin encore à l'est c'est Bazouges-du-Désert. Quant à Feins ce toponyme vient de "fines" et commémore les bornes que les romains plaçaient sur les voies au passage d'une frontière.

                                                                               L'ARMORIQUE

     "Armoricae" formé de "pare" et "mor" voulant dire "proche de la mer" la formule de César "civitates maritimae qui Oceanum attingunt" est la traduction latine du terme gaulois. Une "civitates" peut être proche de la mer sans l'atteindre. Ce serait le cas des Riedones séparés de la baie du Mont-Saint-Michel par une bande très étroite du territoire des "Coriosolitae".

     L'origine du diocèse de Saint-Malo. La "noticia Gallarium" au Vème siècle ne connait pas la "civitas Coriosolitum" (Coriosolites) mais "Coriosopitum". Deux civitates différentes ou la même dont le nom aurait été déformé? Au VIIème siècle Saint-Malo a fondé son évêché qui eut pour siège Alet (Saint-Servan) jusqu'au XIIème siècle. Alet était très probalement la capitale coriosolite au IV et Vème siècles.Et sans doute rattachée à l'évêché de Quimper.

     Les VOIES ROMAINES : on peut signaler la voie Vannes (Darioritum) Le Mans (Subdinum) qui passait par Condate, Cesson et Acigné (Pont Briand).Elles étaient larges de 5,10 mètres, comportaient trois couches superposées : 0,16 m de marnes, 0,15 m de schistes, 0,40 m de cailloux roulés, noyés dans une terre argilo-sableuse.Chez les Riedones, la région étant toujours calme, les troupes romaines sont restées aux frontières. Les seules troupes présentes furent au Vème siècle des Lètes francs, soldats-colons.

                                                                          CONDATE Capitale des Riedones

CONDATE, Capitale des Riedones : elle occupait une excellente position au milieu du bassin de Rennes région la plus riche de la civitas. Les fleuves la défendaient de ses sinuosités et des marécages. Toutefois, posée sur une colline haute seulement de 55 mètres, protégée sur trois côtés mais d'accès très facile à l'Est, la ville n'est pas un site de forteresse. Elle doit son développement non à des avantages stratégiques mais plutôt à son site de confluent, présence de ponts, de gués ou de bacs. C'était un important carrefour avec les routes d'Angers, Erquy, Corseul, Valognes et Avranches, ...A Condate se rencontraient neuf routes de terre. Il faut rajouter l'Ille et la Vilaine toutes deux navigables. La construction des remparts ne date qu'à la fin du IIIème siècle. Le premier rempart médiéval du XIIème siècle s'était élevé sur les fondations gallo-romaines.Les quatre portes d'accès au moyen-âge : Mordelaises, Chastellière, Aivières et Baudraëre. Par cette dernière on accédait aux voies Le Mans/Angers. L'alimentation en eau de la ville était assurée par un aqueduc souterrain qui passait de la porte Mordelaise aux rives de l'Ille.

DECOUVERTES et BATI : le bassin de Rennes est pauvre en bonne pierre à bâtir : le schiste briovérien résiste mal aux intempéries. C'est pourquoi la plupart des maisons rurales sont construites en pisé. Et que l'on trouve peu de traces d'occupation des campagnes de l'époque gallo-romaine. D'ailleurs pour construire les remparts de Condate y domine de façon anormale au Bas Empire la brique.

     Les Gallo-Romains entouraient souvent leurs villae de buis, d'où le nom de "buxaria" donné à ces emplacements. On trouve neuf lieux-dits et une commune - La Bouëxière ou Boissière - dans le territoire des Riedones. Contrairement aux constructions le buis a longtemps résisté : une fouille à une "Bouexiere" donne toujours des résultats.

     La CENTURIE, parcelle réglementaire du cadastre romain, est un carré de 710 mètres de côté, d'une superficie de 200 jugera. Nombre de routes sont écartées les unes des autres de 235 mètres, 175 ou 180 mètres, ou encore 145 mètres, toutes distances qui sont des sous-multiples de 710.

     TRESORS : des événements ont incité la population a mettre à l'abri des pièces de monnaies vers les années 200 à 270. Les 3 découvertes sont situées à Liffré, Coesmes et Dingé.

     SEPULTURES : les plus remarquables sont situées en Acigné dans l'allée du château des Onglées. Ce champ d'urnes cinéraires comprenaient 15 urnes espacées entre elles d'un mètre; toutes brisées sauf une elles contenaient des cendres et des ossements calcinés.On peut supposer à la présence d'un "fundus Aciniacus" dont ç'aurait pu être le cimetière. Les Gallo-Romains, à l'exemple des Romains, prirent l'habitude d'ensevelir leurs morts en bordure des voies.

     IMMIGRATION BRETONNE : cette immigration commença vers 440-441; à l'époque de leur plus grande extension au IXème siècle les Bretons n'ont jamais dépassé une ligne à l'Ouest de Bourg-des-comptes, Laillé, Bruz, Le Rheu, Gévezé,... Cette démarcation est établie à l'aide d'une toponymie : dans toutes les communes sises à l'ouest de la ligne on trouve des noms de lieux bretons, ou en "ac", provenant de mots latins qui dans le reste de la "civitas" ont donné des toponymes en "é". Cependant il s'agit, plutôt que d'une zone totalement bretonnante, d'une zone mixte où breton et roman ont été parlés simultanément, où les noms de lieux-dits ont évolué des deux façons. L'influence gallo-romaine domina toujours la "civitas" jusqu'à ce que l'Armorique reconnut la domination de Clovis en 480, vraisembablement après le baptême en 496. (?)Les Armoricains n'acceptèrent l'alliance franque que parce que les francs étaient chrétiens comme eux-mêmes.

     Saint-Martin : nous ignorons comment fut évangélisée la "civitas des Riedones". Ce ne fut certainement pas avant la fin de l'apostolat de Saint-Martin et de ses disciples, qui se place dans la seconde moitié du IVème siècle. Saint-Martin étant mort vers 396-400. Mais ce ne fut pas non plus l'oeuvre des Bretons qui ne conquirent pas la "civitas". Le premier titulaire est Athenius qui assistait en 461 au Concile de Tours. Plus tard en 511 l'évêque de Rennes est Melaine, gallo-romain de bonne famille né à Platz dans la commune de Brain.

                                                                                   L'ARPENTAGE ANTIQUE

     L'ARPENTAGE ANTIQUE : un cadastre antique est un moyen d'organiser géométriquement un ou plusieurs domaines ruraux (fundi) d'étendue variable, en répartissant la terre en lots rectangulaires ou carrés de superficie identique, en prenant pour base le tracé d'une voie antique.

Théoriquement on se basait sur le croisement de deux axes routiers, perpendiculaires et jalonnés, la voie N/S s'appelant "Cardo maximus", la voie E/O "Decumanus maximus" des lignes agraires parallèles et équidistantes. Les divisions ainsi réalisées étaient appelées "centuries", soit pour des côtés mesurant 20 actus (2400 pieds = 710 mètres environ), 100 lots de jugères (=50,512 ha). Les lignes de séparation appelées "limes", limites figuraient au sol sous la forme de chemins, de limites de culture, de fossés, d'alignements empierrés...

                                                                        Le territoire d'ACIGNE/SERVON

Le territoire d'Acigné/Servon : l'est du bassin de Rennes évoquait dès l'Antiquité un paysage de clairière, malgré la proximité d'une grande étendue boisée des forêts domaniales de Rennes et de Chevré. Ajoutons à ce paysage forestier la vallée de la "Vilaine" et l'on saisira l'aspect de "zone-tampon" du territoire, au total trop proche de deux obstacles majeurs pour laisser aux domaines ruraux un espace suffisant. D'où le souci d'opérer une division rigoureuse des finages, qu'on repère principalement de la boucle des "Onglées", formée par la "Vilaine" jusqu'à l'est de Servon.

     Il est admis qu'à l'est de Condate un tronçon de la grande artère impériale "Vorgium-Condate-Subdinum" (Carhaix/Le Mans) traversait ces territoires. Il se trouve qu'un tracé en lignes brisées et discontinues apparait dans les cadastres sous l'appellation "Vieux Grand Chemin", ce qui renvoie à la "Via antiqua" ou à l'ancienne route royale de Rennes à Paris, héritière elle-même de la première. Organe de distribution des terres ce "Vieux Grand chemin" contraint de franchir par trois fois la "Vilaine" et d'éviter la lisière de la forêt de Chevré :

- à l'est d'Acigné après le moulin de Sévigné au "Pont Briand" (Cesson) lorsqu'il sert d'allée au château des Onglées; à l'ouest au nord du château de la Motte, en Servon à l'est de la croix Jallu au nord de la ferme du Champ Hervelin.
Malgré les inflexions provoquées par la géographie les arpenteurs ont su faire d'un simple trajet une sucession de limites ou "decumani maximi". Tous les chemins ruraux forment un réseau routier orienté N/S aux éléments parallèles. Les photos aériennes révèlent, perpendiculairement à ces linéaments, des limites de culture étirées, équidistantes selon le module de l'arpentage romain avec des carrés de 710 mètres de côté. Les lignes decumanes s'allongent nettement, ici limite communale prolongée par une route (au sud de la ferme de "Vernay") là, humble chemin creux raviné (axe Joval/Récusses, Guichet).

     Les "limes" cardinaux figés, au sol usé et encaissés dans l'épaisse couche de limon, desservent des lieux habités très tôt. Le village de "Grébusson" apparait dans les textes anciens dès 1037 lorsque le duc Alain III en confia la jouissance à sa soeur, abbesse de l'abbaye de Saint-Georges de Rennes. On sait par les chartes de la même abbaye que plus loin le finage de type annulaire de "Bourgon" existait au XIIème siècle (Terra Sua de Borgum 1152-1158) alors prieuré puis intégré au XV ème siècle à la manse abbatiale.On y accédait par un chemin déformé au delà duquel coule le maigre ruisseau des Forges dont le lit introduit une nouvelle orientation des champs et des sentiers. En effet à l'est de ce site le réseau des voies rurales révèle un canevas régulier.
     Le cadastre napoléonien permet de conclure également à l'existence de deux "fundi" différenciés. Tout d'abord le pré et le pont de "Maillé" centré sur le quadrillage ouest. Si le dictionnaire étymologique propose le nom d'homme latin Mallus, associé au suffixe -iacum, Hamlin préfère quant à lui le gentilice Mallus comme racine au nom de Maillé. Mallius ou Mallus représente le gentilice du propriétaire d'un domaine de 300 ha, premier domaine à la sortie de Rennes.La nécropole exhumée en 1921 dans l'allée du château des Onglées, sous la forme de 15 urnes funéraires, doit être rattachée à ce domaine.

                                                          Acciniacus/Aquinius/Acinius/Acignei/Acigné

     Le domaine dont le nom est transcrit "Acciniacus" vers 1008, "Acignei" vers 1030 renvoie à Acigné, localité dont le premier sanctuaire est dédié à Saint-Martin. La forme latine "Acciniacus" mentionnée par J.Loth pourrait expliquer le nom d'Acigné encore que les gentilices avancés par Holder "Aquinius" ou "Acinius" puissent convenir. En fonction d'une évaluation de surface sur les cartes on peut attribuer à cette propriété 12 centuries d'un seul tenant, soit 600 ha de bonnes terres labourables (les finages de Grébusson et Bourgon aux terres très convoitées). Cet arpentage avoisine la limite de navigabilité de la "Vilaine" fixée, pour la navigation traditionnelle, à Cesson. La grande partie du sol était ici mise en valeur. Restaient incultes les versants immédiats de la "Vilaine" au sud de l'axe décumal passant par "Vernay". Inculte également l'immense forêt ceinturant au nord ce "saltus". Peu ou pas de limon sous ce gigantesque domaine forestier, disséqué dès la période romaine principalement entre la forêt domaniale actuelle et celle de Chevré où l'on constate dans les limites de l'actuelle clairière un resserrement de trois voies antiques.

    Notons enfin les toponymes le "champ ferré, la chemine, la maison rouge" qui laisse entendre que cet itinéraire rectiligne, dont le revêtement du faire appel à des scories d'industrie, aboutissait à un site riche en débris de tuiles, de briques, de pierres rouges.

     Les arpenteurs concentraient leurs opérations sur des points assurant :           - des sols sains, bien aérés grâce à l'altérabilité du sous-sol schisteux ou granitique, dont l'affleurement est généralement peu profond, ce qui lui permet d'améliorer la porosité des mottes, leur aération et de donner une terre ne formant pas bloc.

- des sols secs, grâce notamment à l'exposition sur des pentes tournées au midi, sur lesquelles la terre se réchauffe facilement au printemps. En arguant de ces remarques nous devinons que l'administration recherchait moins les terrains produisant en grande quantité que les champs assurant une récolte régulière.

Alain GOUAILLIER Secrétaire "d'Acigné Autrefois" www.acigne-autrefois.fr

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                           Information : Article "Ouest-France" samedi 15 novembre 2014 : "La Bretagne préhistorique. Les peuplements des origines à la conquête romaine" racontée en 120 pages.

"Le livre balaye un bon nombre d'idées reçues, notamment sur les menhirs ou l'invasion présumée de la Bretagne par les Celtes. Skol Vreizh Editions vient de publier un livre qui "dresse un tableau des peuplements qui se sont succédé sur la péninsule armoricaine sur un temps très long : du Paléolithique à la conquête romaine", explique Yannick LECERF, l'auteur de l'ouvrage. L'objectif était de montrer, au fil des changements climatiques, comment les hommes se sont adaptés à leur environnement. Comment de chasseurs-cueilleurs, ils sont devenus éleveurs-agriculteurs, ont élevé des mégalithes."

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                                                                                César, la Guerre des Gaules

     Jules César naquit le 13 Quintilis (juillet de nos jours) de l'an 100 av J.C. Il fera ses armes en Asie et sera nommé dans le Premier triumvirat en 60 av J.C. avec Pompée et Crassus (le riche). Le mariage avec Julie, la fille de Pompée , lui donnera le pouvoir de 60 à 58 av J.C. en Gaule Cisalpine, en Gaule chevelue et en Illyrie. Une guerre civile opposera cependant César et Pompée en 49 et 48 av J.C. Après la traversée du Rubicon par César, Pompée sera assassiné en Egypte où César triomphera : "Veni, Vidi, Vici" (je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu). Ayant battu les fils de Pompée en Espagne, il se fera nommer "imperator", dictateur à vie. Mais il sera  assassiné par Brutus en mars 44 av J.C.

                    Aperçu général sur les "livres" : 58 à 51 av J.C. : neuf années pour vaincre la Gaule "un circuit de trois millions 200.000 pas". Nous sommes à l'automne 52 av J.C., Jules césar a vaincu Vercingétorix. Il veut se faire réélire pour un second consulat. Aussi, en trois mois, il rédige les épisodes de sa conquête gauloise. Ses commentaires deviendront "La Guerre des Gaules" avec des souvenirs, des rapports de lieutenants ou adressés au Sénat ... et des cartes grecques erronées. Sans omission capitale, César présente sa version. Avec habilité il explique que ses différentes interventions étaient à la demande des peuples voulant se protéger d'autres envahisseurs. Quant à la Bretagne, il fallait bien briser ce lieu de résistance. La pacification fut toujours recherchée sauf si manque de sincérité. Les lois de l'époque étaient cruelles. César se défendait de commettre des massacres inutiles malgré celui des quarante mille assiégés de Bourges ou les Vénètes d'Armorique. Il lui fallait aussi intimider l'adversaire et marquer aux vaincus sa force. Hirtius, ami et porte-plume de César, écrivit le "huitième livre" après la mort de son maître.

                      César utilisa 12 légions ayant presque toutes pour emblème le taureau. A cette époque une légion comprenait dix cohortes de six cents légionnaires chacune. Chaque cohorte était divisée en trois manipules de deux cents hommes. Au combat ils évoluaient en trois lignes. En marche forcée, le légionnaire pouvait réaliser 7,2 kilomètres en 50 minutes, puis 10 minutes de récupération, pendant 8 à 9 heures, avec un équipement de 40 kilogrammes. Chaque légion était accompagnée d'une cavalerie de dix turmes de trois décuries, soit au total 900 cavaliers. Les ayant tout d'abord combattus, César fera appel à cinq cents cavaliers Germains pour combattre les Gaulois à Alésia. Formés à la dure dès le plus jeune âge, les Germains étaient aussi des mercenaires recherchés.

                      Cette synthèse des huit livres commence par le Livre Troisième; il convenait d'aborder en premier les récits sur les Vénètes du Morbihan.

                    LIVRE TROISIEME : VII partant pour l'Italie, César envoya Servius Galba avec la douzième légion et une partie de la cavalerie pour "ouvrir un chemin à travers les Alpes (Col du Grand Saint-Bernard) où les marchands ne pouvaient passer sans courir de grands risques et payer péage. Après avoir donné des enfants en otages les Gaulois se retournent contre les Romains par peur qu'ils ne s'établissent à jamais dans leur région. Une sortie héroïque du camp romain assiégé par trente mille Sédunes (haute vallée du Rhône) s'achèvera par un bon tiers tué et les autres, effrayés, prenant la fuite... Après ces événements, César avait toute raison de croire que la Gaule était pacifiée : les Belges avaient été battus, les Germains chassés, les Sédunes vaincus dans les Alpes; il était dans ces conditions, parti au commencement de l'hiver pour l'Illyrique,  (sur les bords de l'Adriatique) dont il voulait aussi visiter les nations et connaître les contrées : soudain, la guerre éclata en Gaule. Voici quelle en fut la raison. Le jeune Publius Crassus, avec la septième légion, était allé hiverner chez les Andes, à proximité de l'Océan (toutefois, région de Angers). Le blé faisant défaut dans ces parages, il envoya un grand nombre de préfets et de tribuns militaires dans les états voisins pour y chercher du blé et des vivres: Titus Terrasidius, entre autres, fut envoyé chez les Unelles, Marcus Trébius Gallus chez les Coriosolites (Côtes d'Armor), Quintus Vélanius avec Titus Silius chez les Vénètes (Morbihan).

                                                                            LES VENETES (Morbihan)

                 VIII - Ce dernier peuple est de beaucoup le plus puissant de toute cette côte maritime : les Vénètes possèdent le plus grand nombre de navires, avec lesquels ils trafiquent en Bretagne, et surpassent les autres peuples par leur science et leur expérience de la navigation; ils occupent, d'ailleurs, sur cette grande mer violente et orageuse, le petit nombre de ports qui s'y trouvent, et ont pour tributaires presque tous ceux qui naviguent habituellement dans ces eaux. Les premiers, ils retiennent Silius et Vélanius, pensant recouvrer par ce moyen les otages qu'ils avaient livrés à Crassus. Poussés par leur exemple, leurs voisins, avec cette prompte et soudaine résolution qui caractérise les Gaulois, arrêtent pour le même motif Trébius et Terrasidius; vite, ils s'envoient des députés, et s'engagent,par l'entremise de leurs chefs, de ne rien faire que d'un commun accord et de courir tous la même chance; ils pressent les autres cités de conserver la liberté qu'elles avaient reçue de leurs pères, plutôt que de supporter le joug des Romains. Toute la côte est bientôt gagnée à leur avis, et une ambassade commune a été envoyée à Publius Crassus pour l'inviter à rendre les otages s'il veut qu'on lui rende ses officiers.

                 IX - Informé de ces événements par Crassus, César ordonne de construire en l'attendant - car il était très loin - des navires de guerre sur la Loire, qui se jette dans l'océan, de lever des rameurs dans la Province et de se procurer des matelots et des pilotes. Ces ordres sont promptement exécutés. Lui-même, dès que la saison le lui permit, se rendit à l'armée. Les Vénètes, ainsi que les autres états, quand ils savent l'arrivée de César, comprenant de quels crimes ils s'étaient rendus coupables en retenant et en jetant dans les fers des ambassadeurs (dont la qualité chez toutes les nations fut toujours sacrée et inviolable), proportionnent leurs préparatifs guerriers à la grandeur du péril et pourvoient surtout à l'équipement de leurs navires; leur espoir était d'autant plus fort que la nature du pays leur inspirait beaucoup de confiance. Ils savaient que les chemins de terre étaient coupés à marée haute par des baies, que toute navigation était entravée par l'ignorance où nous étions des lieux et le petit nombre des ports; ils pensaient que le manque de vivres nous rendait impossible tout séjour prolongé chez eux, et, lors même, que leur attente serait trompée en tout point, ils se savaient toujours les plus puissants sur mer. Ils savaient que les Romains n'avaient point de marine, qu'ils ne connaissaient ni les rades ni les ports ni les îles du pays où ils feraient la guerre, et que la navigation était toute autre sur une mer fermée que sur le vaste et immense Océan. Leurs résolutions prises, ils fortifient les places et transportent le blé de la campagne dans ces places; ils rassemblent le plus de vaisseaux possible chez les Vénètes, contre lesquels ils pensent que César ferait d'abord la guerre. Ils s'assurent pour cette guerre l'alliance des Osismes (Finistère), des Lexoviens (Lisieux), des Namnètes (Loire-Atlantique), des Ambiliates (Maine-et-Loire), des Morins (Belges Pas-de-Calais, Flandre), des Diablintes (Mayenne), des Ménapes (Belges Rhin/Escaut); ils demandent des secours à la Bretagne (Grande Bretagne), située vis-à-vis de ces contrées.

                   X - Nous venons de montrer quelles étaient les difficultés de cette guerre; et cependant plusieurs motifs commandaient à César de l'entreprendre : l'injure commise en retenant des chevaliers romains; la révolte après la soumission; la défection après la remise des otages; la conjuration de tant d'états, et surtout la crainte que l'impunité laissée à ces peuples n'encourageât les autres à user des mêmes libertés. Il connaissait l'amour de presque tous les Gaulois pour le changement et leur promptitude à partir en guerre, et il savait, d'ailleurs, qu'il dans la nature de tous les hommes d'aimer la liberté et de haïr l'esclavage. C'est donc sans attendre qu'un plus grand nombre d'états entrassent dans la ligue, il pensa qu'il lui fallait partager son armée et la répartir sur une plus large étendue.

                           XI - Aussi, envoie-t-il avec de la cavalerie Titus Labénius, son lieutenant, chez les Trévires, peuple voisin du Rhin; il le charge de voir les Rèmes et autres Belges, de les maintenir dans le devoir, et de fermer le passage du fleuve aux Germains, que l'on disait appelés par les Belges, s'ils essaient de le franchir avec leurs bateaux. Il ordonne à Publius Crassus de se rendre en Aquitaine avec douze cohortes légionnaires et une cavalerie nombreuse, pour empêcher les peuples de ce pays d'envoyer des secours en Gaule et que des nations si grandes ne s'unissent. Il envoie son lieutenant Quintus Titurius Sabinus avec trois légions chez les Unelles, les Coriosolites et les Lexoviens, pour tenir ce côté en respect. Il donne au jeune Décimus Brutus le commandement de la flotte et des vaisseaux gaulois fournis, sur son ordre, par les Pictons, les Santones et les autres régions pacifiées, et lui dit de partir au plus tôt chez les Vénètes. Lui-même s'y rend avec les troupes d'infanterie.

                             XII - Presque toutes les villes de cette côte étaient situées à l'extrémité de langues de terre et sur des promontoires, et n'offraient d'accès ni aux piétons, quand la mer était haute (ce qui se produit régulièrement deux fois en vingt-quatre heures), ni aux vaisseaux, parce qu'à marée basse les vaisseaux se seraient échoués sur des bas-fonds. C'était là la double entrave au siège de ces places. Si par hasard, après des travaux considérables, on parvenait à contenir la mer par des digues et des terrassements et à élever ces ouvrages jusqu'à la hauteur des murs, les assiégés, lorsqu'ils désespéraient de leur fortune, rassemblaient de nombreux vaisseaux, dont ils avaient une grande quantité, y transportaient tous leurs biens et se retiraient dans des places voisines, où la nature leur offrait les mêmes commodités pour se défendre. Cette manoeuvre leur fut d'autant plus facile durant une grande partie de l'été, que nos vaisseaux étaient retenus par le mauvais temps et qu'il était extrêmement difficile de naviguer sur une mer vaste et ouverte, sujette à de grandes marées, sans ports ou presque sans ports.

                                   XIII - Les vaisseaux des ennemis, eux, étaient construits et armés de la manière suivante. leur carène était beaucoup plus plate que celle des nôtres, de sorte qu'ils avaient moins à craindre les bas-fonds et le reflux; leurs proues étaient très relevées, et les poupes appropriées également à la force des vagues et des tempêtes; les navires tout entiers de chêne, pour soutenir n'importe quel choc et n'importe quelle fatigue; les traverses avaient un pied d'épaisseur et étaient attachées par des chevilles en fer de la grosseur d'un pouce; les ancres étaient retenues par des des chaînes de fer, au lieu de cordages, des peaux, au lieu de voiles, et des cuirs minces et souples, soit qu'ils manquassent de lin ou n'en sussent pas l'usage, soit, ce qui est plus vraisemblable, qu'ils crussent peu facile de diriger avec nos voiles des vaisseaux aussi lourds, à travers les tempêtes de l'Océan et ses vents impétueux. Quand notre flotte se rencontrait avec de pareils vaisseaux, son seul avantage était de les surpasser en vitesse et en agilité; tout le reste était en faveur des navires ennemis, mieux adaptés et accommodés à la nature de cette mer et à la violence de ses tempêtes; en effet les nôtres, avec leurs éperons, et la hauteur de leur construction faisait que les traits n'y atteignaient pas facilement, et, en même temps, qu'il était peu commode de les harponner. Ajoutez à cela que, si le vent venait à s'élever, ils s'y abandonnaient, supportaient plus facilement les tempêtes, pouvaient mouiller en toute sécurité sur des bas-fonds, et, si le reflux les abandonnait, ne redoutaient ni les rochers ni les écueils, tandis que tous ces dangers étaient pour nos vaisseaux très redoutables.

                                   XIV - Après avoir pris plusieurs places, César, voyant qu'il se donnait tant de peine inutilement, et que la prise de ses villes ne pouvait empêcher ni la retraite de l'ennemi ni lui faire le moindre mal, décida d'attendre sa flotte. Dès qu'elle arriva et aussitôt qu'elle fut aperçue par l'ennemi, deux cent vingt de leurs vaisseaux environ, tout prêts et parfaitement équipés, sortirent de leur port et vinrent se placer face aux nôtres.

                  Nota :  Sans doute la rivière d'Auray, partant du port de Saint-Goustan. La bataille eut lieu probablement dans la baie de Saint-Gildas.

Brutus, qui commandait la flotte, et les tribuns militaires et centurions qui avaient chacun un vaisseau, étaient indécis sur ce qu'ils avaient à faire et sur la tactique du combat à adopter. Ils savaient, en effet, que l'éperon était impuissant; et, si l'on élevait des tours, les vaisseaux barbares les dominaient encore de par la hauteur de leurs poupes, si bien que nos traits lancés d'en bas portaient mal, tandis que ceux des Gaulois tombaient sur nous d'autant plus vivement. Une seule invention préparée par les nôtres fut d'un grand secours :

                  C'étaient des faux extrêmement tranchantes, emmanchées de longues perches, assez semblables à nos faux murales. Avec ces faux on accrochait et l'on tirait à soi les cordages qui attachaient les vergues aux mâts; on les rompait en faisant force de rames; une fois rompues, les vergues tombaient forcément, et les vaisseaux gaulois, en perdant leurs voiles et les agrès sur lesquels ils fondaient tout leur espoir, étaient du même coup réduits à l'impuissance. Le reste du combat n'était plus qu'affaire de courage, et en cela nos soldats avaient facilement l'avantage, surtout dans une bataille livrée sous les yeux de César et de toute l'armée : aucune action un peu belle ne pouvait rester inconnue; l'armée, en effet, occupait toutes les collines et toutes les hauteurs d'où la vue s'étendait sur la mer toute proche.

                                    XV - Dès qu'un vaisseau avait eu ses vergues abattues de la manière que nous avons dite, deux ou trois des nôtres l'entouraient et nos soldats montaient de vive force à l'abordage. Ce que voyant, les Barbares, qui avaient perdu une grande partie de leurs navires et qui n'avaient aucune riposte à cette manoeuvre, cherchèrent leur salut dans la fuite; et déjà ils se disposaient à profiter des vents, quand soudain il survint  

                                            un CALME PLAT qui leur rendit tout mouvement impossible. Cette circonstance compléta d'une façon très opportune notre victoire : car les nôtres attaquèrent et prirent chaque navire un à un, et ce n'est qu'un bien petit nombre d'entre eux qui put, à la faveur de la nuit, regagner la terre. Le combat avait duré depuis la quatrième heure du jour environ jusqu'au coucher du soleil.

                                       XVI - Cette bataille mit fin à la guerre des Vénètes et de tous les Etats maritimes de cette côte : car tous les hommes jeunes et même tous les hommes d'un âge mûr, distingués par leur rang ou leur sagesse, étaient réunis là, et ils avaient rassemblé en outre sur ce seul point tout ce qu'ils avaient de vaisseaux, et cette perte ne laissait aux autres nul moyen de se replier ou de défendre leurs places. Aussi se rendirent-ils corps et biens à César. César décida de faire un exemple sévère, qui apprît aux Barbares à mieux respecter à l'avenir le droit des ambassadeurs. Il fit donc mourir tout le Sénat et vendit le reste à l'encan.

                                                                              LIVRE PREMIER : les BELGES.

       La Gaule, dans son ensemble, est divisée en trois parties, dont l'une est habitée par les Belges, l'autre par les Aquitains, la troisième par ceux qui dans leur propre langue se nomment Celtes, et, dans la nôtre, Gaulois. Tous ces peuples diffèrent entre eux par la langue, les coutumes, les lois. Les Gaulois sont séparés des Aquitains par le cours de la Garonne, des Belges par la Marne et la Seine. Les plus braves de tous ces peuples sont les Belges, parce qu'ils sont les plus éloignés de la civilisation et des moeurs raffinées de la Province, parce que les marchands vont très rarement chez eux et n'y importent pas ce qui est propre à amollir les coeurs, parce qu'ils sont les plus voisins des Germains qui habitent au-delà du Rhin et avec qui ils sont continuellement en guerre. Il en est de même des Helvètes, qui surpassent aussi en valeur le reste des Gaulois, parce qu'ils sont presque chaque jour aux prises avec les Germains, soit pour les empêcher de pénétrer sur leurs territoires, soit pour porter eux-mêmes la guerre dans leur pays.

     Craignant qu'après une pacification de la Gaule les Romains "marchent contre eux", les Belges, tiers de la Gaule, se liguent mutuellement. César lève alors deux nouvelles légions au commencement de l'été. Les Belges d'origine germaine dont les "Bellovaques" qui pouvaient mettre sur pied cent mille hommes, s'associaient à 13 autres peuples pour un nombre de près de trois cent mille hommes. (Nota : ce chiffre est évidemment très exagéré!) César plaça son camp à la rivière de l'Aisne pour être défendu d'un côté. Il le fortifie par un retranchement et un fossé. .. Proche du camp, une ville amie de Rèmes est attaquée par les Belges qui procédaient comme les Gaulois : "ils commencent à se répandre en foule autour des remparts, lancent de tous côtés des pierres sur les murs, ils s'approchent des portes en formant la tortue et sapent alors les murs les plus dégarnis". Face à cette attaque ils furent sauvés par l'envoi de Numides, des archers crêtois et des frondeurs baléares. Les Belges évitent cette cité en brûlant les villages et dévastant les terres. Le camp de César, quant à lui,  sera secouru par l'apport de six légions qui mettront en fuite les Belges en les attirant dans les marais. Les chefs Bellovaques se réfugient en Bretagne. Il fallut aussi combattre les soixante mille Nerviens qui passent pour les plus barbares. Ce peuple avait la particularité de refuser l'importation du vin et produits de luxe "propres à amollir les âmes et affaiblir le courage". 

     Dans le même temps, César fut informé par Publius Crassus, qu'il avait envoyé avec la septième légion chez les Vénètes, les Unelles, les Osismes, les Coriosolites, les Esuviens, les Aulerques, les Redons, peuples marins sur les côtes de l'Océan, que tous ces peuples étaient sous la domination et au pouvoir du peuple romain. Nota : il ne cite pas les "Namnètes (Loire-Atlantique) et les Pictons/Santones (Poitou). Ayant pacifié toute la Gaule, César partit pour l'Italie. On décréta quinze jours de supplications, ce qui n'était encore arrivé à personne. Pompée n'avait eu que douze "actions de grâces solennelles" après sa victoire sur Mithridate.

                             Les GERMAINS et Arioviste le Suève : Une guerre gauloise pour la prééminence entre Eduens (Bourguignons), alliés des romains,  et Arvernes (Auvergnats) avait attiré une quinzaine de milliers de mercenaires Germains puis cent vingt mille. Il allait arriver qu'en peu d'années les Gaulois seraient chassés de leur pays et que tous les Germains passeraient le Rhin, car le sol de la Germanie ne pouvait se comparer à celui de la Gaule, non plus que la manière de vivre des deux pays. Les Eduens se mirent à implorer le secours de César qui réussira à vaincre les Germains. A la bataille majeure, le jeune Publius Crassus commandait la cavalerie. Alors que l'aile droite était en difficulté il envoya la troisième ligne romaine secourir les soldats. Ce qui fut décisif pour la victoire...Un autre élément fut déterminant : Arioviste, chef Germain,  ne livra pas rapidement une bataille générale : "c'était la coutume chez les Germains que les femmes consultassent le sort et rendissent des oracles pour savoir si le moment de combattre était venu ou non; or, elles disaient que les Germains ne pourraient en être vainqueurs s'ils engageaient le combat avant la nouvelle lune (qui tombait cette année-là le 18 septembre). Nota : ces femmes germaines, matrones et prophétesses, consultaient le sort à l'aide de bouts de bois marqués d'un signe qu'on mêlait sur une étoffe blanche; on en tirait trois au hasard, en interprétant les signes qu'ils portaient. Les oracles étaient aussi rendus d'après les courants des fleuves et l'interprétation des bruits.

              LIVRE QUATRIEME : I - L'hiver suivant, en janvier 55 av J.C. , qui fut l'année du consulat de Cnéius Pompée et de Marcus Crassus, les Germains Usipètes et aussi les Tenctères passèrent le Rhin en grand nombre, non loin de l'endroit où il se jette dans la mer, (vers Clèves). La raison de ce passage fut que depuis plusieurs années les Suèves leur faisaient une guerre sans répit et les empêchait de cultiver leurs champs. Le peuple des Suèves est de beaucoup le plus grand et le plus belliqueux de toute la Germanie. On dit qu'ils forment cent cantons, de chacun desquels on tire tous les ans mille hommes pour aller guerroyer au dehors. Les autres, ceux qui sont restés au pays, pourvoient à leur nourriture et à celle de l'armée; tandis que l'année suivante, ils prennent les armes à leur tour, tandis que les premiers demeurent au pays. Ainsi, ni l'agriculture, ni la science ou la pratique de la guerre ne sont interrompues. Au reste aucun d'eux ne possède de terre en propre, et ne peut, pour la cultiver, demeurer plus d'un an dans le même lieu. Ils consomment peu de blé, et vivent en grande partie du lait et de la chair des troupeaux; ils sont de grands chasseurs. Ce genre de vie, leur alimentation, l'exercice quotidien, leur indépendance qui, dès l'enfance, ne connut jamais le joug d'aucun devoir, d'aucune discipline, cette habitude de ne rien faire contre leur gré, tout cela les fortifie, et en fait des hommes d'une taille prodigieuse. De plus, ils ont pris l'habitude, sous un climat très froid, de n'avoir pour tout vêtement que des peaux (dont l'exiguïté laisse à découvert une grande partie de leur corps) et de se baigner dans les fleuves.

     II - Ils laissent venir chez eux les marchands, plutôt pour vendre le butin de guerre qu'ils ont fait que par désir d'importer. Ils n'utilisent même pas ces chevaux étrangers qui plaisent tant dans la Gaule, et qu'on y paie si cher; mais à force d'exercer chaque jour ceux de leur pays, qui sont petits et mal faits, ils les rendent très endurants. Dans les combats de cavalerie, il leur arrive souvent de sauter à bas de leurs chevaux et de se battre à pied; ils ont dressé les chevaux à rester sur place, et ils les rejoignent vite, si besoin est; rien, à leur idée, n'est plus honteux et ne prouve plus de mollesse que de faire usage de selles. Aussi, quel que soit leur petit nombre, attaquent-ils sans hésiter une troupe nombreuse dont les chevaux sont sellés. L'importation du vin est complètement interdite chez eux, parce qu'ils croient que cette boisson énerve les hommes et affaiblit leur résistance.

     V - TRAITS DE CARACTERES DES GAULOIS : César, redoutant la pusillanimité des Gaulois, qui sont prompts à changer d'avis et d'ordinaire avides de nouveautés, ne crut pas devoir s'en remettre à eux. On a, en effet, l'habitude, en Gaule, de forcer les voyageurs à s'arrêter, même malgré eux, et de les interroger sur tout ce que chacun d'eux a appris ou connu. Dans les villes, le peuple entoure les marchands, les oblige à dire de quel pays ils viennent et ce qu'ils y ont appris. C'est sous le vent de ces potins et de ces ouï-dire qu'ils décident souvent les affaires les plus importantes, pour se repentir bientôt forcément d'avoir cédé à des bruits incertains, et la plupart du temps inventés pour leur plaire.

     XV -  CESAR DANS L'EXAGERATION ! : Les Germains, entendant une clameur derrière eux, et voyant qu'on massacrait les leurs, jetèrent leurs armes, abandonnèrent leurs enseignes militaires et s'échappèrent hors du camp. Arrivés au confluent de la Meuse et du Rhin, désespérant de poursuivre leur fuite, et ayant perdu un grand nombre des leurs, ceux qui restaient se jetèrent dans le fleuve et y périrent vaincus par la peur, la fatigue, la force du courant. Les nôtres, sans avoir perdu un seul homme et n'ayant qu'un tout petit nombre de blessés, délivrés d'une guerre si redoutable, où ils avaient affaire à quatre cent trente mille hommes, se replièrent sur leur camp. César donna à ceux qu'il avait retenus la permission de partir; mais ceux-ci, craignant les supplices et les tortures des Gaulois, dont ils avaient ravagé les champs, lui dirent qu'ils voulaient rester auprès de lui. César leur concéda la liberté.

     XVI - Après avoir terminé la guerre contre les Germains, César, pour de nombreuses raisons, se détermina à passer le Rhin. La meilleure était que, voyant la facilité avec laquelle les Germains se décidaient à passer en Gaule, il voulait leur inspirer les mêmes craintes pour leurs biens, en leur montrant qu'une armée du peuple romain pouvait et osait franchir le Rhin. Une autre raison s'ajoutait à celle-là, c'était que ceux des cavaliers Usipètes et Tenctères, avaient passé la Meuse pour prendre du butin et du blé et n'avaient pas assisté au combat, s'étaient retirés, après la défaite de leurs compatriotes, au-delà du Rhin, chez les Sugambres, et s'étaient unis avec eux. César ayant envoyé des députés demander aux Sugambres de lui remettre ceux qui avaient porté les armes contre lui et contre les Gaulois, ils répondirent que l'"empire du peuple romain finissait au Rhin; s'il ne trouvait pas juste que les Germains passassent en Gaule, malgré lui, pourquoi prétendait-il à quelque pouvoir ou à quelque autorité au-delà du Rhin?" Or les Ubiens, qui, seuls des Transrhénans, avaient envoyé des députés à César, lié amitié avec lui, livrés des otages, le priaient instamment "de les secourir contre les Suèves, qui les pressaient vivement; ou, si les affaires de la République l'en empêchaient, de porter seulement son armée au-delà du Rhin : ce serait un secours suffisant et une garantie pour l'avenir; le renom et le prestige de cette armée étaient tels, depuis la défaite d'Arioviste et ce dernier combat, même chez les peuplades les plus reculées de la Germanie, que la pensée qu'ils étaient les amis du peuple romain leur assurerait la sécurité". Ils promettaient une grande quantité de navires pour le transport de l'armée.

     XVII - César, avait décidé de passer le Rhin; mais la traversée sur des bateaux lui semblait un moyen peu sûr et peu convenable à sa dignité et à celle du peuple romain. Aussi, malgré l'extrême difficulté de construire un pont à cause de la largeur, de la rapidité et de la profondeur du fleuve, il estimait cependant qu'il lui fallait tenter l'entreprise ou, sinon, renoncer à faire passer l'armée.

  XVIII - Tout l'ouvrage est achevé en dix jours, à compter de celui où les matériaux avaient été apportés, et l'armée passe (secteur de Coblence/Cologne). César, laissant une forte garde aux deux têtes du pont, marche vers le pays des Sugambres. Cependant, les députés de nombreux états vinrent lui demander la paix et son amitié; il leur fait une réponse bienveillante et les invite à lui amener des otages. Mais les Sugambres qui, sur les exhortations des Usipètes et des Tenctères, qu'ils avaient parmi eux, avaient tout préparé pour fuir, du moment où l'on commença de construire le pont, avaient quitté leur pays, emporté avec eux tous leurs biens et étaient allés se cacher dans une contrée déserte et couverte de forêts... César, ayant atteint tous les buts qu'il s'était proposés quand il avait décidé de faire passer le Rhin à son armée, comme de faire peur aux Germains, châtier les Sugambres, délivrer les Ubiens de la pression qu'ils subissaient, au bout de dix-huit jours passés au-delà du Rhin, crut avoir assez fait pour la gloire et l'intérêt de Rome, revint en Gaule et coupa le pont derrière lui.

                                                 XX - La BRETAGNE (Grande-Bretagne) : L'été étant fort avancé, César, bien que les hivers soient précoces dans ces régions, résolut cependant de partir pour la Bretagne, comprenant que, dans presque toutes les guerres contre les Gaulois, nos ennemis en avaient reçu des secours; il pensait du reste que, si la saison ne lui laissait pas le temps de faire la guerre, il lui serait cependant très utile d'avoir seulement abordé dans l'île, vu le genre d'habitants, reconnu les lieux, les ports, les accès, toutes choses qui étaient presque ignorées des Gaulois; car nul autre que les marchands ne se hasarde à y aborder, et ceux-ci mêmes n'en connaissent que la côte...

     XXI - Voulant avoir ces renseignements avant de tenter l'entreprise, il envoie avec un navire de guerre Caïus Volusénus, qu'il juge propre à cette mission. Il lui demande de faire une reconnaissance d'ensemble et de partir au plus tôt. Lui-même, avec toutes ses troupes, part pour le pays des Morins, car c'est de là (sans doute Boulogne) que le trajet en Bretagne est le plus court. Il y rassemble des vaisseaux tirés de toutes les contrées voisines et fait venir la flotte qu'il avait construite, l'été précédent, pour la guerre des Vénètes... Ayant rassemblé et fait ponter environ quatre-vingt vaisseaux de transport, nombre qu'il jugeait suffire pour transporter deux légions, il distribua ce qu'il avait en outre de vaisseaux de guerre à son questeur, à ses lieutenants et à ses préfets. A cette flotte s'ajoutaient dix-huit vaisseaux de transport qui étaient à huit mille de là (10 kilomètres), empêchés par le vent de parvenir au même port... Il n'avait que ses premiers vaisseaux lorsqu'il atteignit la Bretagne vers la quatrième heure du jour (25, 26 ou 27 août vers 9 heures du matin), et là, il vit, sur toutes les collines, les troupes des ennemis sous les armes... Il profita d'une marée et d'un vent d'un même coup favorables, pour donner le signal, et, levant l'ancre, il rangea ses navires à sept mille pas de là environ sur une plage unie et découverte (au nord est de Douvres).

     XXIV - Mais les Barbares, s'étant aperçus du dessein des Romains, envoyèrent en avant leur cavalerie et ces chars dont ils ont coutume de se servir dans les combats, et les suivirent avec le reste de leurs troupes pour s'opposer à notre débarquement. Plusieurs circonstances rendaient très difficile la descente : nos vaisseaux, en raison de leur grandeur, ne pouvaient s'arrêter qu'en pleine mer; nos soldats, ignorant la nature des lieux, les mains embarrassées, chargés du poids considérable de leurs armes, devaient à la fois s'élancer des navires, lutter contre les vagues, et se battre avec l'ennemi; tandis que celui-ci, combattant à pied sec ou s'avançant très peu dans l'eau, entièrement libre de ses membres, connaissant parfaitement les lieux, lançait ses traits hardiment et poussait sur nous ses chevaux qui avaient l'habitude de la mer. Nos soldats, épouvantés par ces circonstances et du reste peu faits à ce genre de combat, n'avaient pas la même ardeur et le même entrain qu'ils avaient habituellement dans leurs combats sur terre.

     XXV - Dès que César le vit, il fit un peu éloigner des vaisseaux de transport ses vaisseaux de guerre, dont l'aspect était nouveau pour les Barbares et la manoeuvre plus souple; il leur ordonna de faire force de rames et d'aller se placer sur le flanc droit de l'ennemi, d'où à force de frondes, d'arcs et de balistes, ils devaient le repousser et le refouler. Cette tactique fut d'un grand secours pour les nôtres.... Alors celui qui portait l'aigle de la dixième légion, après avoir invoqué les dieux : "Compagnons, dit-il, sautez à la mer si vous ne voulez pas livrer votre aigle à l'ennemi; moi, du moins, j'aurai fait mon devoir envers la République et le général". Alors, les nôtres, s'exhortant entre eux à ne point souffrir un tel déshonneur, sautèrent, tous comme un seul homme, hors du vaisseau; ceux des navires voisins, témoins de leur audace, les suivirent et marchèrent à l'ennemi.

     XXVI - On combattit de part et d'autre avec acharnement;... César fit emplir de soldats les chaloupes des vaisseaux longs et les bateaux de reconnaissance, et il les envoya en renfort à ceux qu'il avait vus en danger. Dès que les nôtres se furent reformés sur le rivage, et qu'ils se virent réunis, ils fondirent sur l'ennemi et ils le mirent en fuite.....

     XXXVI - Des députés vinrent trouver César de la part des ennemis pour lui demander la paix. César doubla le nombre des otages déjà exigés et ordonna de les lui amener sur le continent : l'équinoxe étant proche, il ne voulait pas exposer à une navigation d'hiver des vaisseaux peu solides. profitant d'un vent favorable, il leva l'ancre peu après minuit, et regagna le continent avec tous ses vaisseaux intacts.

     XXXVIII - César établit chez les Belges les quartiers d'hiver de toutes ses légions.

                                                                                  LIVRE CINQUIEME :  la Bretagne. César, quittant ses quartiers d'hiver pour aller en Italie, ordonne aux lieutenants qu'il avait mis à la tête de ses légions d'avoir soin, au cours de l'hiver, de construire le plus de vaisseaux qu'il serait possible et de réparer les anciens. Il en détermine les dimensions et la forme. Pour qu'on puisse les charger et les mettre à sec rapidement, il les fait faire un peu plus bas que ceux dont nous avons coutume d'user sur notre mer; d'autant qu'il avait observé que, par suite du flux et du reflux, les vagues de l'Océan étaient moins fortes; pour les charges et le grand nombre de bêtes de somme qu'ils étaient destinés à transporter, il les commande un peu plus larges que les vaisseaux dont nous nous servons sur les autres mers. Il ordonne qu'ils soient tous à voiles et à rames, ce que leur peu de hauteur rend très facile. Il fait venir d'Espagne tout ce qui est utile à l'armement de ces navires (du cuir, du fer et des joncs pour les cordes)... L'activité régulière des soldats avait suffi pour construire environ six cents navires du modèle que nous avons décrit plus haut, et vingt-huit vaisseaux longs tout armés et prêts. Il donne l'ordre de se rassembler tous au port Itius (Boulogne), d'où il savait que le trajet en Bretagne est très commode ...Alors, se laissant aller au reflux, il fit force de rames pour prendre pied sur cette partie de l'île qu'il avait reconnu l'été précédent, très propice à un débarquement.

     IX - César mit ses troupes à terre et choisit un emplacement convenable pour son camp; instruit par des prisonniers du lieu où s'étaient arrêtés les forces de l'ennemi, il laissa près de la mer dix cohortes et trois cents cavaliers pour la garde des navires; puis, dès la troisième veille il marcha à l'ennemi. Il avait fait dans la nuit environ douze mille pas, lorsqu'il aperçut les forces de l'ennemi (sans doute à Conterbery)... 

      X - Le lendemain matin, il partagea les fantassins et les cavaliers en trois corps et les envoya à la poursuite de l'ennemi. Ils avaient fait une assez longue route, et les derniers fuyards étaient en vue, quand des cavaliers, envoyés par Quintus Atrius, vinrent annoncer à César que, la nuit précédente, il s'était élevé une très forte tempête qui avait brisé et jeté à la côte presque tous les vaisseaux, car les ancres ni les cordages n'avaient pu résister ...

     XI - A cette nouvelle, César ordonne qu'on rappelle ses légions et ses cavaliers, et qu'elles cessent leur poursuite; ...quarante navires environ étaient perdus; les autres pouvaient être réparés à force de travail. Il choisit des ouvriers dans les légions et en fait venir d'autres du continent. Il écrit à Labénius de construire, avec les légions dont il dispose, le plus de navires qu'il pourrait... Il consume dix jours environ à ces travaux, sans que le soldat prenne, même la nuit, le moindre repos. Quand les navires sont mis à sec, que le camp est remarquablement fortifié, il laisse pour garder les vaisseaux les mêmes troupes qu'auparavant et retourne à l'endroit d'où il était parti. A son arrivée, il trouve des troupes de Bretons déjà assez importantes qu'y s'y étaient rassemblées de toutes parts. Le commandement suprême et le soin de la guerre avaient été confiés, d'un consentement unanime, à Cassivellaune, dont le pays est séparé des états maritimes par un fleuve qu'on nomme la Tamise, à quatre-vingt mille pas de la mer environ.

    XII - IMPRESSIONS de BRETAGNE : L'intérieur de la Bretagne est peuplée d'habitants qui se présentent, d'après une tradition orale, comme des indigènes; la partie maritime, par des peuplades venues de Belgique pour piller et faire la guerre (elles ont presque toutes gardé le nom des états dont elles étaient originaires, lorsqu'elles vinrent dans le pays, les armes à la main, pour s'y fixer et cultiver le sol). L'île est immensément peuplée, les maisons y sont abondantes, presque semblables à celles des Gaulois, le bétail y est fort nombreux. Pour monnaie, on se sert de cuivre, de pièces d'or ou de lingots de fer d'un poids déterminé. Les régions du centre produisent de l'étain (Nota : erreur! en Cornouailles...), les régions côtières du fer, mais en petite quantité (Nota : autre erreur : la Bretagne dispose de fer en grande quantité); le cuivre qu'ils emploient leur vient du dehors. Il y a des arbres de toute espèce, comme en Gaule, à l'exception du hêtre et du sapin. Ils considèrent le lièvre, la poule et l'oie, comme une nourriture défendue; ils en élèvent cependant, par goût et par forme d'amusement. Le climat est plus tempéré que celui de la Gaule, et les froids y sont moins rigoureux.

     XIV - De tous ces Bretons, les plus civilisés sont ceux qui habitent le Cantium (Kent), région toute maritime et dont les moeurs ne diffèrent pas beaucoup de celles des Gaulois. La plupart de ceux qui occupent l'intérieur ne sèment pas de blé; ils vivent de lait et de viande, et sont vêtus de peaux. Tous les Bretons se teignent avec du pastel, ce qui leur donne une couleur azurée, et ajoute, dans les combats, à l'horreur de leur aspect. Ils portent leurs cheveux longs et se rasent toutes les parties du corps, à l'exception de la tête et de la lèvre supérieure. Ils se mettent à dix ou à douze pour avoir des femmes en commun, particulièrement les frères avec les frères et les pères avec les fils. Mais les enfants qui naissent de cette communauté sont censés appartenir à celui qui a introduit la mère, encore jeune fille, dans la maison.

    XVI -   (LA GUERILLA) ... on comprit que nos soldats, chargés d'armes pesantes, ne pouvant poursuivre l'ennemi, s'il se retirait, et n'osant s'éloigner de leurs enseignes, étaient peu préparés à un tel adversaire; que le combat offrait aussi de grands dangers pour nos cavaliers, parce que le plus souvent les Bretons feignaient de fuir, et, quand ils avaient un peu attirés les nôtres loin des légions, ils sautaient à bas de leurs chars et engageaient à pied un combat inégal. Ce système de combat de cavalerie offrait exactement le même danger pour le poursuivant et pour le poursuivi. Ajoutez à cela qu'ils ne combattaient jamais en masse, mais par troupes isolées, et à de grandes distances; et qu'ils avaient des postes de réserve échelonnés, permettant de se replier successivement de l'un à l'autre et de remplacer les hommes fatigués par des réserves fraîches.

     XXII - Cassivellaune envoie dans le Cantium, sur les bords de la mer, et que commandent quatre rois : Cingétorix, Carvilius, Taximagule et Ségovax, des messagers avec l'ordre d'assembler toutes leurs troupes et d'assaillir et attaquer à l'improviste le camp des vaisseaux. Quand ils y vinrent, les nôtres firent une sortie, en tuèrent un grand nombre, prirent même un chef noble, Lugotorix, et rentrèrent sans perte dans le camp. A la nouvelle de ce combat, Cassivellaune, découragé par tant de pertes, voyant la dévastation de son pays et accablé surtout par la défection des états, envoie des députés à César pour traiter de sa reddition. César, qui avait décidé de passer l'hiver sur le continent, à cause des mouvements soudains qui pouvaient se produire en Gaule, voyant que l'été approchait de sa fin et que l'ennemi pouvait facilement traîner l'affaire en longueur, exige des otages et fixe le tribut que la Bretagne paierait chaque année au peuple romain.
     XXIII - Après avoir reçu les otages, il ramène son armée au bord de la mer, et trouve les vaisseaux réparés. Il les fait mettre à l'eau, et comme il avait un grand nombre de prisonniers et que plusieurs vaisseaux avaient péri dans la tempête, il décide de ramener son armée en deux traversées (mi août et mi-septembre). Et la chance voulut que de tant de navires et sur tant de traversées, ni cette année, ni la précédente, aucun des vaisseaux qui portaient des soldats ne périt; mais de ceux qui lui étaient renvoyés à vide du continent, après avoir déposé à terre les soldats de la première traversée, ou des soixante navires que Labiénus avait fait construire après le départ de l'expédition, très peu arrivèrent à destination; presque tous furent rejetés à la côte. Après les avoir attendus en vain pendant un bon moment, César, craignant d'être empêché de naviguer par la saison, car on s'approchait de l'équinoxe, fut contraint d'entasser ses soldats plus à l'étroit, et profitant d'un grand calme qui suivit, il leva l'ancre au début de la seconde veille et atteignit la terre au point du jour, sans avoir perdu un seul vaisseau.

                                                                    LIVRE SIXIEME : ...Après la mort d'Indutiomare, les Trévires (peuple sur les deux rives de la Moselle) défèrent le pouvoir à ses proches. Ceux-ci ne cessent de solliciter les Germains de leur voisinage et de leur promettre des subsides; ne pouvant rien obtenir des plus proches, ils s'adressent à de plus éloignés. César, voyant que de toutes parts on préparait la guerre; que les Nerviens, les Atuatuques, les Ménapes, ainsi que tous les Germains cisrhénans étaient en armes; que les Sénones ne se rendaient pas à ses ordres et se concertaient avec les Carnutes (Centre géographique de la Gaule, secteur de Orléans (Génabum). C'est dans les forêts des Carnutes que se trouvait le siège principal du culte druidique); que les Trévires sollicitaient les Germains par de fréquentes ambassades, César pensa qu'il lui fallait précipiter la guerre.

     III - Aussi, sans attendre la fin de l'hiver, il réunit les quatre légions les plus proches (celles de César, Cicéron, Crassus et Fabius qui hivernaient chez les Morins) et se porte à l'improviste sur le pays des Nerviens; avant qu'ils pussent se rassembler ou fuir, il leur prit un grand nombre d'hommes et de bestiaux, abandonna ce butin aux soldats, dévasta leurs terres et les força à faire soumission et à lui donner des otages. Après cette expédition rapide, il ramena les légions dans leurs quartiers d'hiver. Dès le commencement du printemps, il convoque, selon l'usage qu'il avait institué, l'assemblée de la Gaule; tous y vinrent, à l'exception des Sénones (sud de la Champagne), des Carnutes et des Trévires; il regarda cette abstention comme le début de la guerre et de la révolte, et pour faire voir que tout le reste est secondaire, il transporte l'assemblée à Lutèce, ville des Parisiens. Ceux-ci confinaient avec les Sénones et avaient anciennement formés un seul état avec eux; mais ils paraissaient être étrangers au complot.

    IV - A la nouvelle de son approche, Accon, qui avait été l'instigateur du complot, ordonne à la multitude de se rassembler dans les places fortes; mais comme elle s'y employait, et avant que l'ordre ne pût être exécuté, on annonce l'arrivée des Romains; forcés de renoncer à leur projet, ils envoient des députés à César pour l'implorer; ils ont recours à la médiation des Eduens, qui depuis très longtemps protégeaient leur état. Les Carnutes lui envoient aussi chez les Sénones des députés et des otages, font implorer leur pardon par les Rèmes dont ils étaient les clients.

     XI MOEURS GAULOISES : ... sur les moeurs de la Gaule et de la Germanie et sur les différences qui séparent ces nations. En Gaule, non seulement dans chaque état, et dans chaque petit pays et fraction de pays, mais encore jusque dans chaque famille, il y a des partis : à la tête de ces partis sont les hommes qui passent pour avoir plus de crédit, et à qui il appartient de juger et de décider pour toutes les affaires et décisions. Cette institution, qui est très ancienne, semble pour but de fournir à tout homme du peuple une protection contre plus puissant que lui : car aucun chef ne laisse opprimer ou circonvenir les siens, et s'il lui arrive d'agir autrement, il perd tout crédit auprès des siens. Ce même système est appliqué dans l'ensemble de la Gaule tout entière : car tous les états y sont divisés en deux partis.

     XII - A l'arrivée de César en Gaule, l'un des partis avait pour chef les Eduens (entre Loire et Saône) l'autre, les Séquanais (entre Saône, Rhône, Jura, Rhin et Vosges). Ceux-ci qui étaient moins forts par eux-mêmes, car depuis longtemps l'influence principale appartenait aux Eduens, dont la clientèle était considérable, s'étaient adjoint Arioviste et ses Germains et se les étaient attachés à force de sacrifices et de promesses. Victorieux dans plusieurs batailles, où toute la noblesse des Eduens avait péri, ils avaient pris une telle prépondérance qu'une grande partie des Eduens passèrent de leur côté; les Séquanais s'attribuèrent la partie du territoire limitrophe qu'ils avaient conquise et obtinrent la suprématie dans toute la Gaule.... Avec l'arrivée de César, la face des choses changea complètement : leurs otages furent rendus aux Eduens; et les Séquanais avaient perdu leur suprématie. Les Rèmes  (Belges du bord de l'Aisne, Reims) avaient pris leur place. La situation était alors la suivante : le premier rang, et de loin, aux Eduens; le second, aux Rèmes.

     XIII - Dans l'ensemble de la Gaule il y a deux classes d'hommes : pour le bas peuple, il n'y a que le rang d'esclave, n'osant rien par lui-même et n'étant consulté sur rien. La plupart, quand ils se voient accablés de dettes, écrasés d'impôts, en butte aux violences de gens plus puissants, se mettent au service des nobles, qui ont sur eux les mêmes droits que les maîtres sur les esclaves.
     Quant à ces deux classes dont nous parlions, l'une est celle des DRUIDES, l'autre des CHEVALIERS. Les premiers s'occupent des choses divines, président aux sacrifices publics et privés, règlent les pratiques religieuses. Un grand nombre d'adolescents viennent s'instruire auprès d'eux, et ils sont l'objet d'une grande vénération. Ce sont eux, en effet, qui décident de presque toutes les contestations publiques ou privées, et, s'il est commis quelque crime, et s'il y a eu meurtre, s'il élève un débat à propos d'héritage ou de limites, ce sont eux qui tranchent, qui fixent les dommages et les peines; si un particulier ou un état ne défère pas à leur décision, ils lui interdisent les sacrifices. Cette peine est chez eux la plus grave de toutes. Ceux contre qui est prononcée cette interdiction sont mis au nombre des impies et des criminels; on s'écarte d'eux, on fuit leur abord et leur entretien, craignant d'attraper à leur contact un mal funeste; ils ne sont pas admis à demander justice et n'ont part à aucun honneur. Tous ces druides sont commandés par un chef unique, qui exerce parmi eux l'autorité suprême. A sa mort, si l'un d'entre eux l'emporte par le mérite, il lui succède; si plusieurs ont des titres égaux, le suffrage des druides choisit entre eux; parfois même ils conquièrent le principal les armes à la main. A une époque déterminée de l'année, ils tiennent leurs assises dans un lieu consacré, au pays des Carnutes, qui passe pour être au centre de toute la Gaule. Là se rendent de toutes parts tous ceux qui ont des différends, et ils se soumettent à leurs jugements et à leurs décisions. Leur doctrine a pris naissance, croit-on, en Bretagne, et a été, de là, transportée en Gaule; et, aujourd'hui encore, ceux qui veulent en avoir une connaissance plus minutieuse, partent généralement là-bas pour s'y instruire.

     XIV - Les DRUIDES n'ont point coutume d'aller à la guerre ni de payer des impôts comme le reste des Gaulois; ils sont dispensé du service militaire et exempts de toute espèce de charge. Poussés par de si grands avantages, beaucoup viennent spontanément suivre leur enseignement, beaucoup leur sont envoyés par leurs parents ou leurs proches. Là ils apprennent par coeur, à ce qu'on dit, un grand nombre de vers : aussi certains demeurent-ils vingt ans à leur école. Ils estiment que la religion interdit de confier ces cours à l'écriture, alors que pour le reste en général, pour les comptes publics et privés, ils se servent de l'alphabet grec. Ils me paraissent avoir établi cet usage pour deux raisons, parce qu'ils ne veulent ni divulguer leur doctrine ni voir leurs élèves, se fiant sur l'écriture, négliger leur mémoire; car il arrive presque toujours que l'aide des textes a pour conséquence un moindre zèle pour apprendre par coeur et une diminution de la mémoire. Ce qu'ils cherchent surtout à persuader, c'est que les âmes ne meurent pas, mais passent après la mort d'un corps dans un autre; cette croyance leur semble particulièrement propre à exciter le courage, en supprimant la crainte de la mort. Ils discutent aussi abondamment sur les astres et leur mouvement, sur la grandeur du monde et de la terre, sur la nature des choses, sur la puissance et le pouvoir des dieux immortels, et ils transmettent ces spéculations à la jeunesse.

    XV - L'autre classe est celle des CHEVALIERS. Quand besoin est que quelque guerre survient (et avant l'arrivée de César, il ne se passait presque pas d'année sans qu'il y eût quelque guerre offensive ou défensive), ils prennent tous part à la guerre; et chacun d'eux, selon sa naissance ou l'ampleur de ses ressources, a autour de lui un plus ou moins grand nombre d'ambacts et de clients. C'est le seul signe de crédit et de puissance qu'ils connaissent.

     XVI- La nation des GAULOIS est, dans son ensemble, très adonnée aux pratiques religieuses; et c'est pourquoi ceux qui sont atteints de maladies graves, ceux qui vivent dans les combats et leurs périls, immolent ou font voeu d'immoler des êtres humains en guise de victimes. Ils se servent pour ces sacrifices du ministère des druides; ils pensent, en effet, que c'est seulement en rachetant la vie d'un homme par la vie d'un autre homme que la puissance des dieux immortels peut être apaisée. Ils ont des sacrifices de ce genre qui sont d'institution publique. Certains ont des mannequins d'une taille énorme, dont ils remplissent d'hommes vivants la carapace tressée d'osier, l'on y met le feu, et les hommes périssent enveloppés par la flamme. Les supplices de ceux qui ont été arrêtés en flagrant délit de vol ou de brigandage ou pour quelque autre crime passent pour plaire davantage aux dieux immortels; mais lorsqu'on n'a pas assez de victimes de cette sorte, on en vient jusqu'à sacrifier même des innocents.

     XVII - Le dieu qu'ils honorent le plus est MERCURE. Ses statues sont les plus nombreuses. Ils le regardent comme l'inventeur de tous les arts, comme le guide des voyageurs sur les routes, comme le plus capable de faire gagner de l'argent et prospérer le commerce. Après lui, ils adorent Apollon, Mars, Jupiter et Minerve. Ils ont de ces divinités à peu près la même idée que les autres nations : Apollon chasse les maladies, Minerve enseigne les éléments des travaux et des métiers, Jupiter exerce son empire sur les hôtes des cieux, Mars gouverne les guerres. Quand ils ont résolu de livrer bataille, ils font voeu en général de lui donner ce qu'ils auront pris à la guerre; après la victoire, ils lui immolent le butin vivant et entassent le reste en un seul endroit...

     XVIII - Tous les Gaulois se prétendent issus de Dis Pater : c'est une tradition qu'ils disent tenir des druides. C'est pour cette raison qu'ils mesurent le temps par le nombre des nuits, et non pas celui des jours. Ils calculent les dates de naissance, les débuts de mois et d'années en commençant la journée par la nuit. Dans les autres usages de la vie, ils diffèrent surtout des autres peuples par une coutume particulière qui consiste à ne pas permettre à leurs enfants de les aborder en public, avant l'âge où ils sont capables du service militaire; et c'est une honte pour eux qu'un fils en bas âge prenne place dans un lieu public sous les yeux de son père.

     XIX - Les maris mettent en communauté, avec la somme d'argent qu'ils reçoivent en dot de leurs femmes, une part de leurs biens égale - estimation faite - à cette dot. On fait de ce capital un compte joint et l'on en réserve les intérêts; celui des deux époux qui survit à l'autre reçoit la part des deux avec les intérêts accumulés. Les maris ont droit de vie et de mort sur leurs femmes comme sur leurs enfants. Lorsqu'un père de famille d'illustre naissance vient à mourir, ses proches s'assemblent et, si cette mort fait naître quelque soupçon, les femmes sont mises à la question comme des esclaves; si le crime est prouvé, elles sont livrées au feu et aux plus cruels tourments et supplices. Les funérailles, eu égard à la civilisation des Gaulois, sont magnifiques et somptueuses; tout ce qu'on pense que le défunt a chéri pendant sa vie est porté au bûcher, même les animaux; il y a peu de temps encore, quand la cérémonie funèbre était complète, on brûlait avec lui les esclaves et les clients qui lui avaient été chers.

     XXI LES MOEURS DES GERMAINS : ... très différentes. En effet, ils n'ont ni druides qui président au culte des dieux ni aucun goût pour les sacrifices. Ils ne rangent au nombre des dieux que ceux qu'ils voient et dont ils ressentent manifestement les bienfaits, le Soleil, Vulcain, la Lune; ils n'ont même pas entendu parler des autres. Toute leur vie se passe en chasses et en exercices militaires; dès leur enfance, ils s'habituent à la fatigue et à la dure. Ceux qui ont gardé le plus longtemps leur virginité sont fort estimés de leur entourage; ils pensent qu'on devient ainsi plus grand, plus fort, et plus musclé. C'est une des hontes les plus grandes parmi eux que de connaître la femme avant l'âge de vingt ans : on ne fait d'ailleurs pas mystère de ces choses, car il y a des bains mixtes dans les rivières, et les vêtements en usage sont des peaux ou de courts rénons, qui laissent à nu une grande partie du corps.

     XXII - Ils n'ont point goût pour l'agriculture; leur alimentation consiste pour une grande part en lait, fromage et viande. Nul n'a chez eux de champs limités ni de domaine qui lui appartienne en propre; mais les magistrats et les chefs assignent pour chaque année, aux familles et aux groupes de parents qui vivent ensemble, des terres en telle quantité et en tel lieu qu'ils le jugent convenable; l'année suivante, ils les obligent de passer ailleurs. Ils allèguent de nombreuses raisons de cet usage : ils craignent qu'en prenant l'habitude de la vie sédentaire ils ne négligent la guerre pour l'agriculture; qu'ils ne songent à étendre leurs possessions et qu'on ne voie les plus forts dépouiller les plus faibles; qu'ils n'apportent trop de soins à bâtir des maisons pour se garantir du froid et de la chaleur; que ne s'éveille l'amour de l'argent, qui fait naître les factions et les discordes; ils veulent contenir le peuple par le sentiment de l'égalité, chacun se voyant l'égal, en fortune, des plus puissants.

     XXIV - Il fut un temps où les Gaulois surpassaient les Germains en bravoure, portaient la guerre chez eux, envoyaient des colonies au-delà du Rhin parce qu'ils étaient nombreux et manquaient de terres. C'est ainsi que les contrées les plus fertiles de la Germanie, aux environs de la forêt hercynienne furent occupées par les Volques Tectosages qui s'y fixèrent. Ce peuple s'y est maintenu jusqu'à ce jour, et il a la plus grande réputation de justice et de gloire guerrière.

     Aujourd'hui encore les Germains vivent dans la même pauvreté, la même indigence, la même endurance, ils ont le même genre de nourriture et de costume. Les Gaulois, au contraire, grâce au voisinage de la Province et aux importations du commerce maritime, ont appris à jouir d'une vie large et aisée; accoutumés peu à peu à se laisser battre, vaincus en de nombreux combats, eux-mêmes ne se comparent même plus aux Germains pour la valeur.

     XXV/XXVI - CESAR ET LA "LICORNE"!!!! La forêt hercynienne, s'étendant aux frontières des Hélvètes au long du Danube... Il n'est aucun Germain de cette contrée qui, après soixante jours de marche, puisse dire qu'il est arrivé au bout, ni savoir en quel lieu elle commence. On assure qu'elle renferme beaucoup d'espèces de bêtes sauvages qu'on ne voit pas ailleurs... D'abord un boeuf, ayant la forme d'un cerf, et portant au milieu du front, entre les oreilles, une CORNE UNIQUE, plus haute et plus droite que celles qui nous sont connues; à son sommet elle s'épanouit en empaumures et en rameaux. Mâle et femelle sont de même type, ont des cornes de même forme et de même grandeur.

     XXVII - Il y a aussi les animaux qu'on nomme ELANS. leur forme et la variété de leurs pelages ressemblent à celles des chèvres; ils les dépassent un peu par la taille, et ils ont des jambes sans articulations et sans noeuds; ils ne se couchent point pour dormir, et, s'ils tombent accidentellement, ils ne peuvent se redresser ni se soulever. Les arbres leur servent de lits : ils s'y appuient, et c'est ainsi, simplement un peu penchés, qu'ils goûtent le repos. Lorsqu'en suivant leurs traces les chasseurs ont reconnu leur retraite habituelle, ils déracinent ou scient tous les arbres du lieu, mais de manière qu'ils aient l'air de tenir encore debout. Les animaux, en venant s'y appuyer comme d'habitude, les font fléchir sous leurs poids et tombent avec eux.

     XXVIII - Une troisième espèce est celle des animaux qu'on nomme  URUS. Ils sont pour la taille un peu au-dessous des éléphants, avec l'aspect, la couleur et la forme du taureau. Leur force est grande et grande leur vitesse : ils n'épargnent ni l'homme ni la bête  qu'ils ont aperçus. On s'applique à les prendre dans des fosses et on les tue. Ce genre de chasse est pour les jeunes un exercice qui les endurcit à la fatigue. Ceux qui ont tué le plus de ces animaux en rapportent les cornes au public, pour prouver leur exploit, et reçoivent de grands éloges. On ne peut d'ailleurs ni habituer l'urus à l'homme ni l'apprivoiser, même en le prenant tout petit. Ses cornes diffèrent beaucoup par la grandeur, la forme, l'aspect de celles de nos boeufs. Elles sont soigneusement recherchées : on encercle les bords d'argent et l'on s'en sert comme de COUPES dans les très grands festins.

                                                                          LIVRE SEPTIEME : VERCINGETORIX

     I - La Gaule une fois tranquille, César par pour l'Italie afin d'y tenir ses assises. Là il apprend le meurtre de Publius Clodius et, ayant eu connaissance du sénatus-consulte qui appelait aux armes toute la jeunesse d'Italie, il décide de faire une levée dans toute la Province. La nouvelle des événements se répand vite dans la Gaule transalpine. Les Gaulois y ajoutent d'eux-mêmes et font circuler le bruit, qui leur paraissait en rapport avec les circonstances, que César était retenu par les troubles de la Ville et empêché, en présence d'aussi graves dissensions, de se rendre à l'armée. Les chefs de la Gaule, s'étant fixé des réunions entre eux en des lieux écartés, au milieu des bois, se plaignent de la mort d'Accon (chef Sénone -vers Sens/Montargis - mis à mort par César); ils montrent que ce sort peut les atteindre eux-mêmes; ils déplorent le commun malheur de la Gaule; par toutes sortes de promesses et de récompenses ils demandent qu'on commence la guerre et qu'on rende au péril de sa vie la liberté à la Gaule. Selon eux, la première chose à faire est de fermer à César le retour vers son armée, avant qu'éclatent leurs complots clandestins. C'est chose facile, car les légions n'osent pas sortir de leurs quartiers d'hiver en l'absence de leur général...

     II/III - Après un vif débat sur ces questions, les Carnutes déclarent "qu'il n'est pas de danger qu'ils n'acceptent pour le salut commun et promettent de prendre les armes les premiers; .. ils demandent de ne point les abandonner après qu'ils auront commencé la guerre". Tous ceux qui étaient présents prêtent le serment... Les carnutes, sous la conduite de Gutruat et de Conconnétodumne, hommes dont on ne pouvait attendre que des folies, courent à un signal donné sur Génabum, massacrent les citoyens romains qui s'y étaient établis pour faire des affaires et mettent leurs biens au pillage. La nouvelle parvint vite à tous les états de la Gaule. En effet, quand il arrive un événement important ou remarquable, les Gaulois l'annoncent de champ en champ et de contrée en contrée par une clameur qu'on recueille et transmet de proche en proche. Ainsi ce qui s'était passé à Génabum au lever du soleil fut su avant la fin de la première veille dans le pays des Arvernes qui était éloigné de cent soixante mille pas environ.

     IV - Là, usant du même procédé, Vercingétorix, fils de Celtille, Arverne, jeune homme dont la puissance était fort grande, et dont le père, qui avait exercé le principat de toute la Gaule, avait été mis à mort par ses compatriotes parce qu'il convoitait la royauté, convoque ses clients et les enflamme facilement. Sitôt que son projet est connu, on court aux armes; Gobanition, son oncle, et les autres chefs qui n'étaient pas d'avis de tenter la fortune, le chassent de la place forte de Gergovie; cependant il ne se rebute pas et il enrôle dans la campagne des gens dénués de tout et perdus de crimes. Après avoir réuni cette bande, il rallie à sa cause tous ceux de ses compatriotes qu'il rencontre, les exhorte à prendre les armes pour la liberté commune, et, ayant rassemblé de grandes forces, il chassa de  l'état ses adversaires qui peu de temps auparavant l'avaient chassé lui-même. Il est proclamé roi par ses partisans, envoie des ambassades de tous côtés, supplie qu'on reste dans la foi jurée. Rapidement il s'attache les Sénones, les Parisiens, les Pictons, les Cadurques, les Turons, les Aulerques, les Lémovices, les Andes et tous les autres peuples qui touchent à l'Océan; d'un consentement unanime, le commandement suprême lui est déféré. Revêtu de ce pouvoir, il exige de tous ces états des otages, ordonne qu'un nombre déterminé de soldats lui soit rapidement amené, fixe la quantité d'armes que chaque état doit fabriquer dans un délai marqué, donne un soin particulier à la cavalerie, joint à une extrême diligence une extrême sévérité dans le commandement, contraint par la rigueur du supplice des hésitants. C'est ainsi qu'une faute grave est punie par le feu et toutes sortes de supplices; que pour une faute légère, il renvoie le coupable chez lui après lui avoir fait couper les oreilles ou crever un oeil, afin qu'il serve d'exemple et que la grandeur du châtiment frappe les autres de terreur.

     VIII - César part chez les Helviens. Quoique les montagnes des Cévennes, qui forment une barrière entre les Arvernes et les Helviens, fussent en cette saison, qui était la plus rude de l'année, couvertes d'une neige épaisse qui empêchait de passer, néanmoins les soldats écartent la neige sur une profondeur de six pieds et, après s'être frayé ainsi des chemins à force de peine, ils débouchent dans le pays des Arvernes. Leur arrivée inattendue les frappe de stupeur, car ils se croyaient défendus par les Cévennes comme par un mur, et jamais en cette saison même un voyageur isolé n'avait pu passer par les sentiers; César ordonne alors à ses cavaliers de s'étendre le plus loin possible, et de jeter chez l'ennemi le plus de frayeur qu'ils pourraient. Rapidement, par la rumeur et par des courriers, Vercingétorix est informé de ces événements; tous les Arvernes, au comble de la frayeur, l'entourent, le conjurent de songer à leurs biens, et de ne pas les laisser piller par l'ennemi, d'autant qu'il voit bien que tout le poids de la guerre était rejeté sur eux...

     XXI - Toute la foule pousse une clameur et, selon sa coutume (tout comme les Germains), fait cliqueter ses armes : c'est sa manière de faire quand elle approuve un discours : "Vercingétorix, dit-elle, est un grand chef..."

    XXII - A la singulière valeur de nos soldats les Gaulois opposaient toutes sortes d'inventions : car c'est une race d'une extrême ingéniosité, et qui a les plus grandes aptitudes pour imiter et accomplir tout ce qu'elle voit faire. C'est ainsi qu'à l'aide de lacets ils détournaient nos faux, et, lorsqu'ils les avaient accrochées, ils les tiraient en dedans de leurs murs avec des machines; ils ruinaient notre terrasse par des mines souterraines; d'autant plus savants dans cet art qu'il y a chez eux de grandes mines de fer et que toutes les sortes de galeries souterraines leur sont connues et familières. Ils avaient de tous côtés garni tout leur rempart de tours reliées par un plancher et recouvertes de peaux. Nuit et jour ils faisaient de fréquentes sorties, ou mettaient le feu à la terrasse; ou tombaient sur nos soldats en train de travailler; et à mesure que l'avance quotidienne de nos travaux augmentaient la hauteur de nos tours, ils élevaient les leurs à proportion, en reliant entre eux leurs poteaux; ils gênaient l'achèvement de nos mines, en lançant dans leur partie découvertes des pieux pointus et durcis au feu, de la poix bouillante, des pierres d'un poids considérable, et nous empêchaient ainsi d'approcher jusqu'aux murs.

     XXV - FAITS HEROIQUES! Le reste de la nuit s'était écoulé, et l'on combattait encore sur tous les points : l'espérance de la victoire se ranimait sans cesse chez les ennemis, d'autant qu'ils voyaient les mantelets de nos tours détruits par le feu, et qu'ils remarquaient la difficulté qu'éprouvaient les nôtres pour venir, à découvert, au secours de leurs compagnons, tandis qu'eux-mêmes remplaçaient sans cesse leurs troupes fatiguées par des troupes fraîches, et pensaient que tout le salut de la Gaule dépendait de ce seul instant. Il se passa alors sous nos yeux un fait qui nous a paru digne de mémoire et que nous n'avons pas cru devoir omettre. Il y avait, devant la porte de la ville, un Gaulois qui jetait dans le feu, en direction de la tour, des boules de suif et de poix qu'on lui passait de main en main : un trait de scorpion (ou baliste, système avec ressort de torsion qui donne une grande vitesse d'éjection des flèches; arme précise et puissante, très redoutée) l'atteignit mortellement au flanc droit et il s'affaissa sur lui-même. Un de ses voisins, enjambant son cadavre, le remplaça dans sa besogne; il périt de même frappé à son tour par le scorpion. Un troisième lui succéda, et au troisième, un quatrième; et la porte ne fut évacuée par ses défenseurs qu'après que le feu de la terrasse fut éteint et que la défaite des ennemis repoussés de toutes parts eut mis fin au combat.

     XXVII - AVARICUM (Bourges) Capitale des Bituriges , l'une des trois ou quatre plus belles et plus riches cités de la Gaule, le MASSACRE : Au vingt-septième jour du siège, comme César faisait avancer une tour et redresser les ouvrages qu'il avait entrepris, il survint une pluie abondante, et il lui parut que cette circonstance n'était pas défavorable à l'attaque, car il voyait que les gardes étaient négligemment réparties sur le rempart : il ordonne aux siens de ralentir leur travail... Il réunit secrètement les légions, en tenue de combat, en deçà des baraques, et les exhorta à cueillir, enfin, après tant de fatigues, le fruit de la victoire... Ils s'élancèrent soudain de toutes parts et rapidement eurent gravi le rempart.

     XXVIII - Les ennemis, surpris, épouvantés, chassés de leur rempart et de leurs tours, se formèrent en coin sur le forum et dans les lieux les plus ouverts, avec l'intention de quelque côté que vint l'attaque, de livrer une bataille rangée. Mais quand ils virent que nos soldats, au lieu de descendre lutter de plain-pied, se répandaient de tous côtés le long des remparts, la crainte de se voir ôter toute espérance de fuir leur fit jeter les armes et gagner tout d'une traite l'extrémité de la place; là une partie d'entre eux se pressant devant l'issue étroite des portes, fut massacrée par nos soldats; l'autre, qui était déjà sortie par les portes, exterminée par nos cavaliers. Personne ne songea au butin : excités par le souvenir du massacre de Génabum et par les fatigues du siège, ils n'épargnèrent ni les vieillards ni les femmes ni les enfants. Bref, sur un total de quarante mille hommes environ, huit cents à peine, qui s'enfuirent de la place aux premiers cris, arrivèrent sains et saufs près de Vercingétorix...

      XXIX - Le lendemain, ayant convoqué le conseil, il les exhorta "à ne pas se laisser abattre ni bouleverser par un revers : ce n'était point par leur valeur et en bataille rangée que les Romains les avaient vaincus, mais grâce à une pratique et un art des sièges... Les états gaulois jusqu'alors séparés des autres, allaient, par ses soins, entrer dans son alliance, et il ferait de toute la Gaule un seul et même faisceau de volontés, auquel le monde ne saurait résister....

     XXXI - Vercingétorix ne s'efforçait pas moins de rallier, comme il l'avait promis, les autres états et cherchait à gagner leurs chefs par des dons (il avait fait frapper des statères d'or, portant : à l'avers, sa figure idéalisée et, en exergue, VERCINGETORIX; au revers, un cheval au galop et une amphore).

     XXXIV - (César) partagea son armée en deux : donna quatre légions à Labénius pour marcher contre les Sénones et les Parisiens, et mena lui-même les six autres chez les Arvernes, vers GERGOVIE, le long de la rivière de l'Allier. Il donna une partie de la cavalerie à Labénius et garda l'autre. A cette nouvelle, Vercingétorix, après avoir coupé tous les ponts de l'Allier, se mit à remonter la rivière en suivant l'autre rive.

     XXXV - (César) établit son camp dans un lieu couvert de bois en face d'un des ponts que Vercingétorix avait fait détruire; le lendemain, il y resta caché avec deux légions et fit partir comme à l'habitude le reste de ses troupes avec tous les bagages, après avoir fractionné certaines cohortes, afin que le nombre de légions parût demeurer le même. Il leur ordonna de se porter aussi loin qu'elles pourraient, et, quand il pensa que le moment était venu où elles devaient être arrivées à leur campement, il se mit à rétablir le pont sur les anciens pilotis, dont la partie inférieure restait entière (celui de Moulins sans doute). L'ouvrage ayant été promptement terminé, il fit passer les légions, choisit un emplacement favorable pour son camp et rappela le reste des troupes.

     XXXVI - César, une fois l'Allier franchi, parvint à Gergovie en cinq jours; le même jour, après une légère escarmouche de cavalerie, il reconnut la place et, la voyant située sur une très haute montagne, dont tous les accès étaient difficiles, il désespéra de l'enlever de force; quant au siège, il résolut de n'y point songer avant d'avoir pourvu au ravitaillement en blé. De son côté, Vercingétorix avait assis son camp près de la ville, sur la hauteur, et il avait rangé autour de lui les forces de chaque Etat, en ne les séparant que par un faible intervalle; tous les sommets de cette chaîne que la vue découvrait étaient occupés par ses troupes, et présentaient un aspect terrible (Risolles 723 m., le puy de Jussat 661 m., la Roche-Blanche 561 m.).

     XLVI/XLVII - Le mur de la place forte, en ligne droite et sans détour, était de douze cents pas, de l'endroit où, dans la plaine, commençait la montée. Mais tous les détours qu'on avait faits pour adoucir l'ascension augmentaient la longueur du chemin. A mi-colline environ et dans toute sa longueur, autant que le permettait la nature du sol, les Gaulois avaient construit un mur d'énormes pierres, haut de six pieds, pour retarder l'assaut des nôtres; et, laissant vide toute la partie basse, ils avaient rempli de campements très serrés la partie supérieure de la colline, jusqu'au mur de la place. Nos soldats, au signal donné, parviennent vite à la fortification, la franchissent et se rendent maîtres de trois camps ... César, ayant atteint le but qu'il s'était proposé, ordonna de sonner la retraite, et après avoir harangué la dixième légion, avec laquelle il était (Equestris), il lui fit faire halte. Les soldats des autres légions n'entendirent pas le signal de la trompette; séparés qu'ils étaient par une vallée assez grande; pourtant, les tribuns militaires et les lieutenants, suivant les instructions de César, s'efforçaient de les retenir. Mais, exaltés par l'espoir d'une prompte victoire, par la fuite de l'ennemi, par leurs succès précédents, ils pensaient qu'il n'y avait rien de si ardu que leur valeur ne pût atteindre, et ils ne cessèrent leur poursuite qu'à l'approche du rempart et des portes de la ville...

     XLVIII - Cependant ceux des Gaulois qui s'étaient rassemblés de l'autre côté de la place forte pour y faire des travaux de défense, après avoir d'abord entendu la clameur, puis reçu à plusieurs reprises la nouvelle que la ville était au pouvoir des Romains, envoyèrent des cavaliers en avant et s'y portèrent eux-mêmes au pas de course. A mesure qu'ils arrivaient, ils s'arrêtaient au pied du mur et augmentaient le nombre des combattants... Les Romains soutenaient une lutte qui n'était égale ni par la position ni par le nombre; en outre, épuisés par leur course et la durée du combat, ils ne pouvaient pas tenir tête facilement à des troupes fraîches et intactes...

     LIII/LXIII - Ayant terminé son discours en relevant le courage de ses soldats, en leur disant "de ne pas se décourager pour cela et de ne pas imputer à la valeur de l'ennemi un échec causé par un désavantage de la position", il maintint son projet de départ... il leva le camp pour aller chez les Eduens...A la nouvelle de la défection des Eduens, la guerre s'étend... Maîtres des otages que César avait laissés chez eux, ils effraient par leur supplice les hésitants.. On convoque une assemblée de toute la Gaule à Bibracte (Capitale des Eduens, dans le Morvan). Tous, sans exception, confirment le choix de Vercingétorix comme général en chef. Les Rèmes, les Lingons, les Trévires ne prirent point part à cette assemblée; les premiers parce qu'ils restaient fidèles aux Romains, les Trévires, parce qu'ils étaient trop loin, et d'ailleurs pressés par les Germains...

     LXIV/LXV - Vercingétorix exige des otages des autres états. Il donne l'ordre à tous les cavaliers, au nombre de quinze mille, de se réunir rapidement (à Bibracte). Il déclare qu'il se contentera de l'infanterie qu'il avait jusque là (80 000 hommes)... César, voyant l'ennemi supérieur en cavalerie, tous les chemins fermés, et par suite nul moyen de tirer des secours de la Province (Gaule du sud-est, Provence) et de l'Italie, envoie au-delà du Rhin en Germanie vers les Etats qu'il avait soumis les années précédentes (dont les Ubiens) et en obtient des cavaliers et des soldats d'infanterie légère habitués à combattre parmi les cavaliers.

     LXVI/LXVII/LXVIII - Les forces ennemies qui se trouvaient chez les Arvernes et les cavaliers, qui avaient été commandés à toute la Gaule, se réunissent. En ayant formé un corps nombreux, Vercingétorix, - tandis que César faisait route vers le pays des Séquanais en passant par les confins extrêmes des Lingons (vers Langres, en Haute-Marne), pour porter à la Province un plus facile secours, - vint asseoir trois camps à dix mille pas environ des Romains (sur les collines d'Hauteville, d'Ahuy et de Vantoux)... Le lendemain la cavalerie est partagée en trois corps : deux de ces corps se montrent sur nos deux flancs; le troisième fait front à la colonne pour lui barrer la route. A cette nouvelle, César forme également trois divisions de sa cavalerie et la fait aller à l'ennemi. On se bat sur tous les points à la fois. Partout où les nôtres lui paraissaient fléchir ou être trop vivement pressés, César faisait porter de ce côté les enseignes et marcher les cohortes; cette intervention retardait la poursuite des ennemis et ranimait les nôtres par l'espoir d'un secours. Enfin les Germains, à l'aile droite, avisant une hauteur culminante, chassent les ennemis, les poursuivent jusqu'à la rivière, où Vercingétorix s'était placé avec ses forces d'infanterie, et en tuent un grand nombre. Ce que voyant, les autres, qui craignent d'être enveloppés, prennent la fuite. Trois Eduens de la plus noble naissance sont faits prisonniers... Voyant toute sa cavalerie en déroute, Vercingétorix, qui avait rangé ses troupes en avant de son camp, les fit battre en retraite, et prit aussitôt le chemin d'ALESIA, place des Mandubiens (petit peuple du Pays de l'Auxois, Côte d'Or). César fit conduire ses bagages sur la colline la plus proche, sous la garde de deux légions, poursuivit l'ennemi aussi longtemps que la durée du jour le permit, et lui tua environ trois mille hommes de l'arrière-garde; le lendemain il campa devant Alésia. S'étant rendu compte de la situation de la ville, et voyant l'ennemi terrifié parce que s cavalerie, qui faisait la principale force de son armée, avait été battue, il exhorta ses soldats au travail et se mit à investir Alésia.

                                                                                                     ALESIA (52 av J.C.)

     Nota : des fouilles furent entreprises sur l'ordre de Napoléon III. Alésia était située sur une colline de 418 mètres, très abrupte ou escarpée, sur ce mont Auxois, près d'Alise, aujourd'hui Alise-Sainte-Reine (Côtes-d'Or)

     LXIX - La place elle-même était au sommet d'une colline, dans une position très escarpée, si bien qu'elle semblait ne pouvoir être prise que par un siège en règle. Au pied de la colline, de deux côtés, coulaient deux rivières (L'Ose et l'Oserain). En avant de la place s'étendait une plaine d'environ trois mille pas de longueur; sur tous les autres points, la place était entourée par des collines, peu distantes entre elles et d'une égale hauteur. Au pied du mur, toute la partie de la colline qui regardait l'orient était couverte de troupes gauloises, et en avant elles avaient ouvert un fossé et élevé une muraille sèche de six pieds de hauteur. Les fortifications qu'entreprenaient les Romains s'étendaient sur un circuit de onze mille pas. Les camps avaient été placés sur des positions avantageuses, et on y avait construit vingt-trois portes fortifiées.

     LXX - Les travaux étaient commencés quand un combat de cavalerie est livré dans la plaine. L'acharnement est extrême de part et d'autre. César envoie les Germains secourir les nôtres qui fléchissent, et range ses légions en bataille devant le camp, pour réprimer toute tentative soudaine de l'infanterie ennemie. Le renfort des légions encourage les nôtres; les ennemis prennent la fuite, s'embarrassent eux-mêmes par leur nombre, et piétinent aux portes trop étroites. Les Germains les poursuivent alors avec vigueur jusqu'à leurs fortifications; un grand massacre a lieu. Certains, abandonnant leurs chevaux, essaient de traverser le fossé et de franchir la muraille.

     LXXI - Vercingétorix se décide à renvoyer toute sa cavalerie pendant la nuit, avant que les Romains achèvent leurs fortifications. Au départ de ses cavaliers, il leur donne mission d'aller chacun dans son pays et d'y réunir pour la guerre tous ceux qui sont en âge de porter les armes; il leur montre qu'en cas de négligence quatre-vingt mille hommes d'élite périront avec lui; d'après ses calculs, il a du blé tout juste pour trente jours, mais il peut, en le ménageant, tenir encore un peu plus longtemps...il distribue entre chaque homme le bétail dont les Mandubiens avaient amené une grande quantité; il décide de mesurer le blé parcimonieusement et de ne le donner que peu à peu...

     LXXII - Instruit de ces dispositions par des transfuges et des prisonniers, César entrepris les fortifications que voici : il ouvrit un fossé de vingt pieds de large, en ayant soin que la largeur du fond fût égale à la distance de ses bords; il laissa entre ce fossé et toutes les autres fortifications une distance de quatre cents pieds; il procédait ainsi afin que les ennemis ne pussent point à l'improviste attaquer pendant la nuit nos ouvrages ni lancer pendant le jour une grêle de traits sur nos troupes qui avaient à poursuivre leur travail. Dans l'intervalle ainsi ménagé, il ouvrit deux fossés de quinze pieds de large et chacun de même profondeur; celui qui était intérieur, creusé dans les parties basses de la plaine, fut rempli d'eau dérivée de la rivière; derrière ces fossés, il éleva un terrassement et une palissade de douze pieds de haut. Il y ajouta un parapet et des créneaux; et, à la jonction du terrassement et de la paroi de protection, une palissade d'énormes pièces de bois fourchues, pour retarder l'escalade de l'ennemi. Il flanqua tout l'ouvrage de tours, placées à quatre-vingts pieds de distance l'une de l'autre... 

     LXXIII - On coupa des troncs d'arbres ou de très fortes branches, on les dépouilla de leur écorce et on les aiguisa par le sommet. Puis on ouvrait des fossés continus de cinq pieds de profondeur. On y enfonçait ces pieux, on les attachait par en-bas, de manière qu'ils ne pussent pas être arrachés, et on ne laissa dépasser que leurs rameaux. Il y en avait cinq rangs, liés ensemble et entrelacés : ceux qui s'y engageaient s'empalaient dans ces palissades pointues. On les appelait "cippes". Au-devant, on creusait en rangs obliques et formant quinconce, des puits de trois pieds de profondeur, qui se rétrécissaient peu à peu jusqu'au bas. On y enfonçait des pieux lisses, de la grosseur de la cuisse, taillés en pointe à leur extrémité et durcis au feu, qui ne dépassaient du sol que de quatre doigts; en même temps, pour les affermir solidement, on comblait le fonds des puits d'une terre que l'on foulait sur une hauteur d'un pied. Le reste était recouvert de ronces et de broussailles, afin de cacher le piège. Il y avait huit rangs de cette espèce, à trois pieds de distance l'un de l'autre : on les appelait "lis", à cause de leur ressemblance avec cette fleur. En avant de ces puits étaient entièrement enfoncés en terre des pieux d'un pied de long, armés de crochets de fer; on en semait partout, et à de faibles intervalles; on leur donnait le nom d'"aiguillons".

     LXXIV - Ces travaux achevés, César, en suivant, autant que le terrain le lui permit, la ligne la plus favorable, fit un circuit de quatorze mille pas (21 km), des fortifications du même genre, mais en sens opposé, contre l'ennemi venant du dehors, afin que, s'il avait à s'éloigner, des forces très supérieures ne pussent investir les postes de défense ou les contraindre au risque de sortir hors du camp; il donna l'ordre à tous ses soldats de se procurer du fourrage et du blé pour trente jours.

                                                                             Les Etats GAULOIS à Alésia

     LXXV - Pendant que ces choses se passaient devant Alésia, les Gaulois, ayant tenu une assemblée de chefs, décident qu'il faut, non pas, comme le voulait Vercingétorix, appeler sous les armes tous ceux qui étaient en état de les porter, mais exiger de chaque état un nombre d'hommes déterminé; cela, parce qu'ils craignaient, dans la confusion d'une si grande multitude, de ne pouvoir ni la gouverner, ni se reconnaître, ni la ravitailler en blé.

     On demande aux Eduens et à leurs clients, Ségusiaves (Lyonnais), Ambivarètes (Allier), Aulerques (Eure/Mayenne/Sarthe), Brannovices, Brannoviens (Allier), trente-cinq mille hommes; un chiffre égal aux Arvernes, auxquels on joint les Eleutètes, les Cadurques (Quercy), les Gabales (Lozère), les Vellaviens, qui sont depuis longtemps sous leur domination; aux Séquanais, aux Sénones, aux Bituriges (Berry), aux Santones (Aunis/Saintonge), aux Rutènes(Rouergue), aux Carnutes (Orléanais), douze mille hommes par état; aux Bellovaques (Beauvais), dix; huit aux Pictons (Poitou), aux Turons (Touraine), aux Parisiens, aux Helbètes ; aux Suessions (Belges Soissonnais), aux Ambiens (Belges de Somme), aux Médiomatrices (Belges de Moselle, Metz), aux Pétrocoriens (Périgord, Dordogne), aux Nerviens (Belges Escaut/Sambre), aux Morins (Belgique maritime), aux Nitriobriges (Lot), cinq mille; aux Aulerques Cénomans (Sarthe), autant; aux Atrébates (Belges d'Artois), quatre mille; aux Véliocasses (Belges de Seine-Maritime), aux Lémovices (Armoricains Paimboeuf/Clisson), aux Aulerques Eburovices (Eure), trois mille; aux Rauraques (Alsace/Bâle) et aux Boïens (Celtes amenés de Germanie en Gaule par les Hélvètes), deux mille;

                   à l'ensemble des états qui bordent l'Océan et qui se donnent le nom d'ARMORICAINS:

   Coriosolites (Costormoricains), Redons (Bretilliens), Ambibariens (sud Manche), Calètes (Pays de Caux), Osismes (Finistériens), Lexoviens (Lisieux), Unelles ou Uxelles (Manche), vingt mille.

      Nota : on ne cite pas les "Namnètes" de Nantes...

                         Les Bellovaques (Somme, Oise, Seine) ne fournirent pas leur contingent, parce qu'ils prétendaient faire la guerre aux Romains en leur nom et à leur guise, et n'obéir aux ordres de personne; cependant, à la prière de Commius, ils envoyèrent deux mille hommes.

     LXXVI - ...Tous partent pour Alésia joyeux et pleins de confiance : aucun d'eux ne croyait qu'il fût possible de soutenir seulement l'aspect d'une si grande multitude, surtout dans un combat sur deux fronts, où les assiégés feraient une sortie, tandis qu'on verrait arrivant du dehors de si grandes forces de cavalerie et d'infanterie.

     LXXVII - Mais ceux qui étaient assiégés dans Alésia, une fois consommé tout leur blé, ignorant ce qui se passait chez les Eduens, avaient convoqué un conseil et délibéraient sur l'issue de leur sort. Les uns parlaient de se rendre, les autres de faire une sortie, tandis qu'ils en avaient encore la force. Le discours de CRITOGNAT, un personnage, sorti d'une grande famille Arverne et doué d'un  grand prestige : "... les Romains, que demandent-ils ou que veulent-ils? sinon, poussés par l'envie, de s'installer dans les champs et les états de ceux dont ils savent la réputation glorieuse et la puissance guerrière, et de les enchaîner par un joug éternel. Ils n'ont jamais fait la guerre autrement. Si vous ignorez ce qui se passe dans les nations lointaines, regardez la Gaule voisine, qui, réduite en Province, ayant perdu ses lois et ses institutions, soumises aux haches, est opprimée par une perpétuelle servitude."

     LXXIX/LXXX - Commius et les autres chefs à qui on avait confié le commandement suprême arrivent devant Alésia avec toutes leurs troupes et, après avoir occupé une colline extérieure, s'établissent à mille pas au plus de nos lignes... César dispose toute son armée sur les parties de ses retranchements; puis il fait sortir du camp sa cavalerie et ordonne d'engager le combat. Les Gaulois avaient mêlé à leurs cavaliers de petits paquets d'archers et de fantassins armés à la légère, pour secourir les leurs s'ils pliaient et arrêter le choc de nos cavaliers. Plusieurs des nôtres, blessés par eux à l'improviste, se retiraient du combat. Forts de la supériorité de leurs troupes et voyant les nôtres accablés par le nombre, les Gaulois, de toutes parts, tant ceux qui étaient enfermés dans nos lignes que ceux qui étaient venus à leur secours, encourageaient leurs combattants par des clameurs et des hurlements... Le déshonneur incitait les combattants à la bravoure. 

      On avait combattu depuis midi presque jusqu'au coucher du soleil, sans que la victoire fut décidée, quand les Germains, massés sur un seul point en escadrons serrés, chargèrent l'ennemi et le refoulèrent; dans la déroute, les archers furent enveloppés et massacrés. Alors ceux qui étaient sortis d'Alésia, accablés et désespérant presque de la victoire, rentrèrent dans la place.

     LXXXI - NOUVELLE ATTAQUE : Au bout d'un jour seulement, les Gaulois, qui avaient employé ce temps à faire un grand nombre de claies, d'échelles et de harpons, sortent au milieu de la nuit, et s'approchent de nos fortifications de la plaine. Soudain poussant une clameur, pour avertir les assiégés de leur approche, ils se préparent à jeter leurs claies, à bousculer les nôtres de leur retranchement  à coups de fronde, de flèches et de pieux et à tout disposer pour un assaut en règle. En même temps, entendant la clameur, Vercingétorix donne le signal aux siens avec la trompette et les conduit hors de la place. Les nôtres prennent sur les lignes le poste qui avait été assigné à chacun les jours précédents: avec les frondes, les casse-tête et les épieux qu'ils avaient disposés sur le retranchement, ils effraient les Gaulois et les repoussent. Les ténèbres empêchant de voir devant soi, il y a de part et d'autres beaucoup de blessés; les machines lancent une foule de traits.

     LXXXII - Tant que les Gaulois étaient assez loin du retranchement, la multitude de leurs traits leur donnait l'avantage; mais lorsqu'ils se furent approchés, ils s'enfonçaient dans les chausse-trappes, ou s'empalaient en tombant dans les puits, ou tombaient percés par les javelots de siège qu'on leur lançait du haut des retranchements ou des tours. Après avoir été durement éprouvés sur tous les points, sans avoir pu rompre nos lignes, voyant le jour approcher, ils craignirent d'être pris en flanc si l'on faisait une sortie de camp qui dominait la plaine, et ils se replièrent.

     Quant aux assiégés, occupés à faire avancer les engins que Vercingétorix avait préparé pour la sortie, ils comblent les premiers fossés; ce travail les ayant retenus trop longtemps, ils apprirent la retraite des leurs avant d'avoir pu s'approcher du retranchement. Ayant ainsi échoué dans leur entreprise, ils rentrèrent dans la place.

     LXXXIII - Repoussés deux fois avec une grande perte, les Gaulois délibèrent sur ce qu'ils doivent faire : ils consultent des gens qui connaissent le pays et apprennent ainsi la situation des camps supérieurs et leur genre de défense. Au nord était la colline de Réa que les nôtres, avec deux légions, n'avaient pu comprendre dans leurs lignes à cause de son étendue, ce qui les avait obligés d'établir le camp sur un terrain presque défavorable et légèrement en pente. Après avoir fait reconnaître les lieux par leurs éclaireurs, les chefs ennemis choisirent soixante mille hommes sur l'effectif total des états qui avaient la plus haute réputation de vertu militaire; ils mettent à la tête de ces troupes l'Arverne Vercassivellaune, l'un des quatre chefs, parent de Vercingétorix. Quand il vit que midi approchait, il se dirigea vers le camp en question; en même temps la cavalerie s'approchait des fortifications de la plaine et le reste des troupes se déployait en avant du camp.

     LXXXIV/LXXXV - Vercingétorix, apercevant les siens du haut de la citadelle d'Alésia, sort de la place; il fait porter en avant du camp les fascines, les perches, les toits de protection, les faux et tout ce qu'il avait préparé pour la sortie. Un vif combat s'engage en même temps de toutes parts et on essaie de forcer tous les ouvrages. L'étendue de nos lignes retient partout les troupes romaines et les empêche de faire face aux attaques simultanées. César, qui a choisi un poste d'observation favorable (sans doute sur la montagne de Flavigny), suit ce qui se passe de chaque endroit, envoie des secours aux troupes qui fléchissent. Des deux côtés on se rend compte que l'instant de l'effort suprême est arrivé : les Gaulois se voient perdus, s'ils ne percent pas nos lignes; les Romains attendent d'un succès décisif la fin de toutes leurs misères. L'effort porte surtout sur les lignes supérieures du Mont Réa, où nous avons dit qu'on avait envoyé Vercassivellaune. L'inclinaison défavorable des terrains à une grande importance. Les uns nous lancent des traits, les autres s'approchent en faisant la tortue, des troupes fraîches relèvent sans cesse les soldats fatigués. La terre que tous les Gaulois jettent dans nos retranchements leur permet de les franchir et recouvre les pièges que les Romains avaient dissimulé dans le sol; déjà les nôtres n'ont plus d'armes ni de forces.

     LXXXVI - Quand il l'apprend, César envoie Labénius avec six cohortes au secours des troupes en danger; il lui donne l'ordre, s'il ne peut tenir, de ramener ses cohortes et de faire une sortie, mais seulement à la dernière extrémité. Il va lui-même encourager les autres; il les exhorte à ne pas succomber à la fatigue; il leur montre que le fruit de tous les combats précédents dépend de ce jour et de cette heure.

     Les assiégés, désespérant de forcer les retranchements de la plaine, à cause de leur étendue, tentent d'escalader les hauteurs de la montagne de Flavigny; ils y portent tout ce qu'ils avaient préparé; ils chassent , par une grêle de traits, ceux qui combattaient du haut des tours; ils comblent les fossés de terre et de fascines; ils entament avec des faux la palissade et le parapet.

     LXXXVII - César y envoie d'abord le jeune Brutus avec six cohortes, puis le lieutenant Caïs Fabius avec sept autres; enfin l'action devenue plus vive, il y amène lui-même un renfort de troupes fraîches. Ayant rétabli le combat et repoussé l'ennemi, il se dirige vers l'endroit où il avait envoyé Labénius, tire quatre cohortes du fort le plus voisin, ordonne à une partie des cavaliers de le suivre, et à l'autre, de faire le tour des lignes extérieures et de prendre l'ennemi à dos. Labénius, voyant que ni les terrassements ni les tours ne pouvaient arrêter l'élan de l'ennemi, rassemble trente-neuf cohortes, qu'il eut la chance de pouvoir tirer des postes les plus voisins, et, par des messagers, informe César de ses intentions.

     LXXXVIII - César se hâte pour prendre part au combat. Son arrivée se fait connaître par la couleur de son vêtement, ce manteau de général qu'il avait coutume de porter dans les batailles, et, à la vue des escadrons et des cohortes dont il s'était fait suivre les ennemis engagent le combat. Une clameur s'élève de part et d'autre, à laquelle répond la clameur qui monte de la palissade et de tous les retranchements. Nos soldats, renonçant au javelot, combattent avec le glaive. Tout à coup notre cavalerie se montre sur les derrières de l'ennemi; d'autres cohortes approchaient; les Gaulois prennent la fuite; nos cavaliers leur coupent la retraite; le carnage est grand.

     Sédulius, chef et premier citoyen des Lémovices, est tué; l'Arverne Vercassivellaune est pris vivant en train de fuir; soixante-quatorze enseignes militaires sont rapportées à César; d'un si grand nombre d'hommes bien peu rentrent au camp sans blessures. Apercevant de leur place forte le massacre et la fuite de leurs compatriotes, désespérant de se sauver, les assiégés font rentrer les troupes qui attaquaient nos retranchements. A cette nouvelle les Gaulois s'enfuient aussitôt de leur camp. Si nos soldats n'eussent été harassés de si nombreuses interventions et de toute la fatigue de la journée, toutes les forces de l'ennemi eussent été détruites. Un peu après minuit la cavalerie,  lancée à leur poursuite, atteint l'arrière-garde; une grande partie est prise ou massacrée; les autres, ayant réussi à fuir, se dispersent dans leurs états.

     LXXXIX - Le lendemain, Vercingétorix convoque l'assemblée;il déclare qu'il n'a pas entrepris cette guerre pour ses intérêts personnels, mais pour la liberté commune et que, puisqu'il faut céder à la fortune, il s'offre à eux leur laissant le choix d'apaiser les Romains par s mort ou de le livrer vivant. On envoie à ce sujet des députés à César. Il ordonne la remise des armes, la livraison des chefs. Il s'installe sur le retranchement, en avant du camp; là on lui amène les chefs; on lui livre Vercingétorix; on jette les armes à ses pieds. Il réserve les prisonniers éduens et arvernes, pour essayer par eux de regagner ces états, et distribue le reste des prisonniers par tête à chaque soldat, à titre de butin.

     XC - Cela fait, il part chez les Eduens, reçoit la soumission de leur état. Des députés envoyés par les Arvernes viennent l'y trouver, promettant qu'ils exécuteront ses ordres. Il en exige un grand nombre d'otages; il envoie ses légions prendre leurs quartiers d'hiver, il rend aux Eduens et aux Arvernes environ vingt mille prisonniers. Il fait partir Titus Labénius avec deux légions et la cavalerie chez les Séquanais. Il place Caïs Fabius et Mucius Minucius Basilus avec deux légions chez les Rèmes pour qu'ils n'aient rien à craindre des Bellovaques, leurs voisins. Il envoie ... chez les Ambivarètes, les Bituriges, les Rutènes, ... Lui-même décide de passer l'hiver à Bibracte, capitale des Eduens près de Autun. Lorsque ces événements sont connus à Rome par une lettre de César, on y célèbre une supplication de vingt jours.

                                                   Mars 44 av J.c. Jules César sera assassiné. Hirtius, l'ami de césar,  écrira alors le :

                                                   HUITIEME LIVRE : Hirtius à Balbus                                                                   

                 Lucius Cornélius Balbus, né à Gadès en Espagne, reçut de Pompée, sur la recommandation de Lucius Cornélius Lentulus, le droit de cité romaine pour les services qu'il avait rendu à l'armée dans la guerre contre Sertorius, défendu par Pompée, Crassus et Cicéron. Il essaya de réconcilier Pompée et César....

    et Alus Hirtius, ami de Cicéron, qui embrassa le parti de César, dont il fut lieutenant en Gaule; consul en 43 avec Caïus Vibius Pansa, il périt à Modène avec son collègue.

      I - Après avoir vaincu toute la Gaule, César , qui n'avait pas cessé de se battre depuis l'été précédent (53 av J.C.), voulait voir ses soldats se remettre de tant de fatigues dans le délassement des quartiers d'hiver, quand on apprit que beaucoup d'états en même temps recommençaient à faire des plans de guerre et à se concerter : tous les Gaulois avaient reconnu qu'en réunissant sur un seul point n'importe quel nombre d'hommes ils ne pouvaient résister aux Romains, mais que si plusieurs états entraient en guerre sur divers points en même temps, l'armée du peuple romain n'aurait point assez de ressources ni de temps ni de troupes pour faire face à tout.

     II - César, avec une escorte de cavalerie, part de la place de Bibracte (Capitale des Eduens , 23 km ouest de Autun) la veille des calendes de janvier pour rejoindre la treizième légion (Legio -57 - 45) qu'il avait placée non loin de la frontière des Eduens dans le pays des Bituriges (vers Bourges), et y adjoint la onzième légion (Neptune -58 - 45) qui était la plus proche. Laissant deux cohortes de chacune à la garde des bagages, il emmène le reste de l'armée dans les plus fertiles campagnes des Bituriges.

     III - Par l'arrivée soudaine de César, il se produisit ce qui devait nécessairement se produire chez des gens surpris et dispersés : cultivant leurs champs sans défiance aucune, ils furent écrasés par la cavalerie avant de pouvoir se réfugier dans leurs places fortes. En effet le signal ordinaire d'une invasion de l'ennemi, c'est-à-dire l'incendie des constructions, avait été supprimé par l'interdiction de César, pour éviter de manquer de fourrage et de blé, s'il voulait avancer plus loin, ou de donner l'alarme par des incendies. On avait fait plusieurs milliers de prisonniers, et ceux des Bituriges épouvantés qui avaient pu s'échapper à la première approche des Romains s'étaient réfugiés dans les états voisins... César, par des marches forcées, accourt sur tous les points, et ne donne à aucun état le temps de songer au salut des autres. Cette rapidité retenait dans le devoir les peuples amis et ramenait par la terreur ceux qui hésitaient à accepter la paix. Mis devant une telle situation, les Bituriges, qui voyaient que la clémence de César leur ouvrait un nouvel accès dans son amitié, et que les états voisins n'avaient eu à subir d'autre peine que de donner des otages et faire leur soumission, imitèrent leur exemple.

     IV/V - ... Les Bituriges lui envoient des députés pour demander son aide contre les Carnutes (région d'Orléans) qui leur avaient déclaré la guerre. Quoiqu'il ne fut resté que dix-huit jours à Bibracte, César tire de leurs quartiers d'hiver sur la Saône la quatorzième et la sixième légion (Ferrata -52 -250). Quand ils entendent parler de l'arrivée de son armée, les Carnutes se souviennent de malheurs des autres, et, abandonnant leurs villages et leurs places fortes, ils s'enfuient en se dispersant dans les états voisins.

     VI - Prévenu par de fréquentes députations des Rèmes (Belges de Reims, alliés des Romains) que les Bellovaques (Belges de la Somme), dont la gloire militaire surpassait celle de tous les Gaulois et des Belges, s'étant joints aux états voisins, rassemblaient des armées et les concentraient pour fondre en masse sur les terres des Suessions, qu'il avait placées sous l'autorité des Rèmes. Il rappelle la onzième légion (Neptune -58 -45), écrit par ailleurs à Caïus Fabius d'amener dans le pays des Suessions les deux légions qu'il avait, et demande à Titus Labénius l'une des deux siennes.

     VII - Ces troupes une fois réunies, il marche contre les Béllovaques, campe sur leur territoire, et envoie de tous côtés ses escadrons pour faire quelques prisonniers qui puissent l'instruire des desseins de l'ennemi. César apprit que tous les Bellovaques en état de porter les armes s'étaient rassemblés sur un même point, et qu'avec eux les Ambiens, les Aulerques, les Calètes, les Véliocasses, les Atrébates avaient choisi pour y camper un lieu élevé dans un bois entouré d'un marais. Peu de jours avant Commius l'Atrébate avait quitté le camp pour aller chercher des renforts chez les Germains, dont le voisinage était proche et la multitude immense.

     VIII - César avait avec lui ses plus vieilles légions d'un courage incomparable : la septième (Claudia -51-44), la huitième (Augusta -59-48) et la neuvième (Hispania Triumphalis (-59-48); puis la onzième, composée d'éléments d'élite et de grande espérance, comptant déjà huit campagnes. Il convoque donc un conseil, y expose tout ce qu'il a appris, et encourage ses troupes. Pour essayer d'attirer l'ennemi au combat en ne lui faisant voir que trois légions, il règle ainsi la marche de la colonne : les septième, huitième et neuvième légions iraient en avant, précédant tous les bagages; puis viendraient tous les bagages, qui ne formaient cependant qu'une colonne modeste, et dont la onzième légion fermerait la marche; ainsi on ne donnerait pas à l'ennemi l'impression d'être plus nombreux qu'il ne le souhaitait.

IX - César, quoiqu'il eût désiré combattre, étonné cependant par une telle masse d'ennemis, dont le séparait une vallée plus profonde que large, établit son camp en face de l'ennemi. Il fait faire un rempart de douze pieds, avec un parapet proportionné à cette hauteur, creuser un double fossé de quinze pieds de large à parois verticales, élever un grand nombre de tours à trois étages, jeter entre elles des ponts, dont le front était muni de parapets d'osier, de telle sorte que l'ennemi fût arrêté par un double fossé et un double rang de défenseurs : l'un qui, du haut des ponts, moins exposé en raison de sa hauteur, pouvait lancer ses traits plus hardiment et plus loin; l'autre qui était placé plus près de l'ennemi, sur le rempart même, où le pont le protégeait contre la chute des traits. Il plaça des battants et des tours plus hautes aux portes du camp.

     X/XI - Le but de cette fortification était double : l'importance des ouvrages devait faire croire à sa frayeur et augmenter la confiance des Barbares; d'un autre côté, comme il fallait aller chercher au loin du fourrage et du blé, on pouvait, grâce à ces fortifications, défendre le camp avec peu de troupes. Comius était revenu avec cinq cents cavaliers Germains, ce qui enflait l'assurance des Barbares... César, voyant que l'ennemi se tenait depuis plusieurs jours dans son camp défendu par les marais et par sa position, et qu'il ne pouvait ni faire l'assaut de ce camp sans une lutte meurtrière ni l'investir sans renfort de troupes, écrit à Trébonius d'appeler le plus vite possible la troisième légion (Gallica -49 - début IVè s.), qui hivernait avec le lieutenant Titus Sextius chez les Bituriges et de venir le joindre à grandes étapes avec les trois légions qu'il aurait ainsi; lui-même emploie tour à tour les cavaliers des Rèmes, des Lingons et des autres états à la garde des corvées d fourrage, en soutenant les brusques attaques de l'ennemi.

     XII - Cette manoeuvre se répétait tous les jours, et déjà l'habitude, comme il arrive souvent avec le temps, amenait la négligence; les Bellovaques, connaissant les postes habituels de nos cavaliers, font dresser, par une troupe de fantassins d'élite, une embuscade en des lieux boisés; ils y envoient le lendemain des cavaliers pour y attirer d'abord les nôtres, puis une fois cernés, pour les attaquer. La mauvaise chance tomba sur les Rèmes, qui étaient de service ce jour-là. Ayant aperçu tout à coup les cavaliers ennemis, et supérieurs en nombre, ayant méprisé une poignée d'hommes, ils les poursuivirent avec trop d'ardeur et furent enveloppés de partout par les fantassins.Troublés par cette attaque, ils se retirèrent avec plus de vitesse qu'on ne fait d'ordinaire dans un engagement de cavalerie; Verticus, le premier magistrat de leur état, commandant de la cavalerie, périt dans l'action; il pouvait à peine, en raison de son âge, se tenir à cheval. L'ennemi s'enfle et s'exalte de ce succès, et de la mort du prince et chef des Rèmes.

     XIII - Il ne se passe pas de jour que des combats n'aient lieu à la vue des deux camps. Au cours d'une de ces rencontres, les Germains, à qui César avait fait passer le Rhin pour les mêler dans les combats aux cavaliers, franchissent tous ensemble le marais avec audace, tuent le petit nombre de ceux qui résistent, et poursuivent la masse des autres avec vigueur...

     XIV - Après avoir passé plusieurs jours dans leur camp, quand ils savent que les légions de Caïus Trébonius approchent, les chefs des Bellovaques, craignant un siège semblable à celui d'Alésia, renvoient nuitamment ceux qui sont âgés ou faibles ou sans armes, et tous les bagages avec eux... César jette des ponts de claies sur le marais, fait passer ses légions, et gagne rapidement le plateau du sommet de la colline, qu'une pente rapide protégeait sur ses deux flancs. Il range ses troupes en bataille dans une position, d'où les traits des machines pouvaient porter sur les rangs ennemis.

     XV - Les Barbares, confiants dans leurs positions, ne refusant pas de combattre si les Romains s'efforçaient de gravir la colline, demeurèrent en ligne de bataille. Voyant leur résolution, César, laissant vingt cohortes sous les armes, trace le camp en cet endroit et ordonne de le retrancher. Les travaux terminés, il range les légions devant le retranchement, place les cavaliers en grand-garde avec leurs chevaux tout bridés. Les Bellovaques, voyant les Romains prêts à les poursuivre, et ne pouvant ni veiller toute la nuit ni rester plus longtemps sans péril dans la même position, recoururent au moyen suivant. Se passant de main en main les bottes de paille et les fascines qui leur avaient servi de sièges et dont il y avait dans le camp une grande quantité (les Gaulois ont l'habitude de s'asseoir sur une fascine), ils les disposèrent devant leur ligne de bataille et, au dernier instant du jour, à un signal donné, ils y mirent le feu en même temps. Alors une barrière de flamme déroba soudain toutes les troupes à la vue des Romains. profitant de ce moment, les Barbares s'enfuirent en toute hâte.

     XVI - César, bien qu'empêché par la barrière des incendies d'apercevoir la retraite des ennemis, soupçonnait cependant qu'ils avaient eu l'intention de masquer leur fuite : il fait donc avancer ses légions, envoie des escadrons à leur poursuite, mais craignant une embuscade, et de peur que l'ennemi, resté peut-être à la même place, n'ait voulu nous attirer dans une position défavorable, il n'avance lui-même qu'avec lenteur. Les cavaliers hésitaient à s'engager dans le haut de la colline et dans la flamme qui était très dense; ... ils laissèrent aux Bellovaques tout le loisir d'opérer leur retraite. Ainsi cette fuite, pleine à la fois de frayeur et de ruse, permit aux ennemis de s'avancer, sans aucune perte, à une distance de dix mille en plus, et d'y établir leur camp dans une position très bien défendue. De là, plaçant souvent en embuscade des fantassins et des cavaliers, ils faisaient beaucoup de mal aux fourrageurs romains.

     XVII - Ces attaques se renouvelaient souvent, lorsque César apprit d'un prisonnier que Corréus, chef des Bellovaques, avait choisi six mille fantassins et mille cavaliers sélectionnés entre tous, et les avait placés en embuscade dans un lieu où il soupçonnait que l'abondance du blé et du fourrage attirerait les Romains. Informé de ce projet, César fait sortir plus de légions que de coutume et envoie en avant la cavalerie, qui escortait toujours les fourrageurs. Il y mêle des auxiliaires légèrement armés; lui-même avance le pus près qu'il peut avec ses légions.

     XVIII - L'EMBUSCADE des BELLOVAQUES : les ennemis placés en embuscade avaient choisi pour leur coup une plaine (sans doute celle de Choisy-au-bac) qui n'avait pas plus de mille pas d'étendue en tous sens, et que défendaient de toutes parts des bois impraticables et une rivière très profonde; ils l'entourèrent de leurs embûches comme d'un filet. Les nôtres avaient découvert le projet de l'ennemi; prêts à combattre matériellement et moralement, appuyés par les légions, ils auraient accepté tout genre de combat; ils entrent dans la plaine escadron par escadron. A leur arrivée, Corréus crut l'occasion favorable pour agir : il se montra d'abord avec peu d'hommes et chargea les escadrons les plus proches. Les nôtres soutiennent avec fermeté le choc de leurs adversaires, sans se réunir en masse, manoeuvre ordinaire dans les combats de cavalerie en un moment d'alarme, mais nuisible pour la troupe en raison de son nombre même.

     XIX - Tandis qu'on se battait d'escadron à escadron, par petits groupes relayés tour à tour et qu'on évitait de se laisser prendre de flanc, les autres Gaulois, voyant Corréus en train de se battre, sortent de leurs bois. Un vif combat dispersé s'engage. L'avantage étant longtemps disputé, la masse des fantassins sort peu à peu des bois et s'avance en ordre de bataille, et force nos cavaliers à se replier. Ils sont promptement secourus par l'infanterie légère que César avait envoyée en avant des légions. On lutte pendant un bon moment à armes égales; puis, comme le voulait la loi des batailles, ceux qui avaient soutenu le premier choc des Gaulois embusqués, obtiennent la supériorité du fait même que l'embuscade, ne les surprenant pas, ne leur avait causé aucun mal.

     Sur ces entrefaites les légions s'approchent, et de nombreux courriers apprennent en même temps, aux nôtres et à l'ennemi, que le général en chef est là, avec ses forces prêtes. A cette nouvelle, les nôtres, sûrs de l'appui des cohortes, se battent avec acharnement, de peur de partager avec les légions, s'ils vont trop lentement, la gloire de la victoire. Les ennemis perdent courage et cherchent à s'enfuir par des chemins opposés. En vain : les obstacles où ils avaient voulu emprisonner les Romains se retournent contre eux-mêmes. Vaincus, bousculés, ayant perdu une grande partie des leurs, ils s'enfuient cependant en désordre et au hasard, les uns vers les bois, les autres vers la rivière; mais ils ardemment poursuivis dans leur fuite par les nôtres et massacrés. Corréus, en combattant avec le plus grand courage et en blessant un grand nombre d'entre nous, força les vainqueurs à l'accabler de leurs traits.

     XXV - César dispersa soit ses légions, soit ses auxiliaires sur toutes les parties du territoire d'Ambiorix, chef des Belges Eburons, clients des Trévires, (vers Liège en allant au Rhin). Il y dévasta tout par le massacre, l'incendie et le pillage, tuant ou prenant un grand nombre d'hommes. Puis il envoie Labénius avec deux légions chez les Trévires (Belges des bords de la Moselle, Trèves), dont l'état, entraîné à des guerres quotidiennes à cause du voisinage de la Germanie, ne différait guère des Germains par son genre de vie et sa sauvagerie et ne se soumettait aux ordres reçus que sous la contrainte d'une armée.

     D'autre événements mèneront à la pacification : dans le pays des Pictons (Poitou, Lemonum/Poitiers lemo = orme), des Andes (Anjou) avec le massacre de douze mille hommes; des soumissions avec otages chez les Carnutes et les Armoricains et le supplice du chef Carnute Gutruatus (battu de verges et livré à la hache). Il fallut un siège à Uxellodunum, place forte des Cadurques près de Vayrac (Lot). la privation de l'eau de la fontaine permit la reddition : "César qui savait sa bonté connue de tous (!), et qui n'avait pas à craindre qu'un acte de rigueur fût imputé à la cruauté de son caractère, mais qui ne voyait pas la fin de ses desseins, si des révoltes de cette sorte éclataient en divers lieux, résolut de faire un exemple qui intimidât les autres états. En conséquence il fit couper les mains à tous ceux qui avaient porté les armes; il leur laissa la vie, pour mieux attester le châtiment réservé aux alliés déloyaux."

      XLVI - César, voyant que tout avait bien marché sur tous les points de la Gaule, partir pour l'Aquitaine, où il n'était jamais allé lui-même, mais où il avait vaincu partiellement grâce à Publius Crassus; il s'y rendit avec deux légions pour y passer le reste de la saison. Tous les états de l'Aquitaine lui envoyèrent des députés et lui donnèrent des otages. Après cela il partit pour Narbonne avec une escorte de cavaliers; il plaça quatre légions en Belgique, il en envoya deux chez les Eduens, dont il savait l'influence capitale sur toute la Gaule, il en plaça deux chez les Turons (Touraine) , à la fontière des Carnutes, pour maintenir toute la région qui touche à l'Océan; les deux restantes dans le pays des Lémovices (Armoricains, Paimboeuf à Clisson), non loin des Arvernes, pour ne laisser aucune partie de la Gaule vide de troupes. Il revint auprès de ses légions en Belgique, et hiverna à Nemétocenne (sans doute Arras, chez les Atrébates) : Nota : douze légions disponibles.

                   Les douze légions levées par Jules César (mort en -44) :

     - avec emblême "TAUREAU" : Legio IV Macedonia -48-70; Legio VI Ferrata -52 -après 250 (+ loup et Romulus/Romus); Legio VII Claudia -51-44; Legio VIII Augusta -59-48; Legio IX Hispania Triumphalis -59-48; Legio X (Equistris=montée)-58-45 ou Veneria (Vénus); 

     - avec emblême "ELEPHANT" : Legio V Alaudae (Alouette) -52-70

     - avec emblême "NEPTUNE" Legio XI -58-45

     autres légions : Legio I germanica -48-70; Legio III Gallica -49-début IVème s.; Legio XII Victris (Victorieuse) -57-45; Legio XIII -57-45

    - et Legio XXX "Classica" (Naval) -48-41 -

     Nota : Livre IV - XXV : en Bretagne "celui qui portait l'aigle de la dixième légion; Compagnons, sautez à la mer si vous ne voulez pas livrer votre aigle à l'ennemi ..." dixième légion : "Veneria"? car "Equistris" avait pour emblême le taureau.

     L - A la fin de ses quartiers d'hiver, contrairement à ses habitudes, César partit en Italie, pour leur recommander la candidature au sacerdoce de son questeur Marc Antoine, ... et surtout parce qu'il luttait avec ardeur contre une faction puissante qui désirait, en faisant échec à son ami intime Antoine, ébranler le pouvoir de César à sa sortie de charge... ses adversaires se glorifiaient isolément d'avoir fait nommer consuls Lucius Lentulus et Caïus Marcellus pour dépouiller César de toute charge et de toute dignité, et d'avoir enlevé le consulat à Servius Galba, quoiqu'il eût beaucoup plus de crédit et de suffrages, parce qu'il était lié à César comme ami et lieutenant. Il y venait surtout pour "recommander sa propre candidature pour les élections de l'année suivante , en 49 pour le consulat de 48."

     LI - César fut accueilli par tous les municipes et par toutes les colonies avec des honneurs et une affection incroyables; c'était la première fois qu'il y venait depuis la guerre générale de la Gaule. On n'oubliait rien de ce qui pouvait être imaginé pour orner les portes, les chemins, tous les lieux, où César devait passer. La population entière, avec les enfants, se portait à sa rencontre; partout on immolait des victimes; les places publiques et les temples où l'on avait dressé des tables étaient combles, si bien qu'on pouvait goûter par avance l'allégresse d'un triomphe vivement attendu, tant il y avait de magnificence chez les riches, d'enthousiasme chez les pauvres.

     LII/LV - Après avoir parcouru toutes les contrées de la Gaule "togée", César revint avec la plus grande célérité auprès de son armée, à Némétocenne (Arras...);il tira les légions de tous leurs quartiers d'hiver pour les envoyer dans le pays des Trévires (Moselle) ... il entendit fréquemment dire que ses ennemis intriguaient auprès de Labénius, quelques-uns travaillaient à lui faire enlever, par une intervention du Sénat, une partie de son armée... A son arrivée en Italie, César apprend que les deux légions qu'il avait renvoyées et qui, selon le sénatus-consulte, devaient être menées pour faire la guerre contre les Parthes, avaient été remises par le consul Caïus Marcellus à Cnéius Pompée, et retenues en Italie. Bien que ce fait ne laissât plus de doute à personne sur ce qui se préparait contre César, César cependant résolut de tout souffrir tant qu'il resterait quelque espoir de décider le différend par le droit plutôt que par les armes. Il s'efforça...

                                                    Ainsi s'arrête l'ouvrage inachevé de Hitius

 

                  Les personnages importants :

      1° ) La conjuration des Ides de mars 44 :

     - D. Junius BRUTUS : fils du consul de 77, adopté par Albinus, lieutenant de César en Gaule. Jeune adolescent commande la flotte romaine contre les Vénètes et détruit la flotte ennemie; prend part au siège d'Alésia .. Comblé par César et désigné comme l'un de ses héritiers, se rallie à son parent Marcus Brutus ; A la mort de César se voit disputer par Antoine la Gaule Cisalpine; abandonné par ses troupes et Octave. Mis à mort sur ordre d'Antoine.

     - Lucius Minucius BASILUS : fils de Satrius et adoptif du riche Minucius Basilus, lieutenant de César en 53; commande la cavalerie envoyée à la poursuite d'Ambiorix, chef des Belges Eburons (Liège); siège d'Alésia; meurt quelques mois après la conjuration assassiné par ses esclaves.

     Titus Attius LABENIUS, le meilleur des lieutenants de César en Gaule, tribun du peuple en 63, guerre des Helvètes en 61, des Belges en 60, combat les Germains au bord du Rhin, les Trévires, les peuples de l'Océan, les Sénones et les Parisiens; siège d'Alésia; destruction des Belges Eburons. Quand la guerre civile éclate, bien que comblé des faveurs de César, il prit le parti de Pompée. Séjourna ensuite en Afrique, puis en Espagne où il trouva la mort à Munda , en 45.

     Lucius Cornélius LENTULUS : consul en 49 avec Caïus Claudius Marcellus, se déclara pour Pompée, le suivit en Egypte et périt égorgé avec lui.

     Cnéius POMPEIUS Magnus, "Le grand Pompée, rival de César; né en 106, consul en 70, en 55 et en 52, triumvir avec César et Crassus en 60 et en 56. La guerre civile éclate en 49; vaincu à Pharsale en 48, Pompée s'enfuit en Egypte, où il périt égorgé sur l'ordre du roi Ptolémée.

     Caïus TREBONIUS, questeur en 60, tribun du peuple en 55; présent à la seconde expédition en Grande-Bretagne, au siège de Vellaunodunum, d'Alésia, campagne contre les Bellovaques, .. de retour d'Espagne, il assiège par voie terrestre Marseille. Prêteur urbain en 48, gouverneur d'Espagne, consul en 45. Chargé de la province d'Asie, il entre dans la conjuration. Après la mort de César il périt à Smyrne, tué par Dolabella qui était venu pour le remplacer.

     2°) Les autres intervenants :

     - ANTOINE : Triumvir Marc Antoine; petit-fils de l'orateur Antoine et fils de Marcus Antonius (guerre de Crête); parent de César par sa mère Julia. Lieutenant de César en Gaule, en 52, questeur en 51, à Alésia, commande la plaine de Laumes puis la ville de Bibracte; expédition contre les Bellovaques, soumet Commius et est élu augure.

     - Q.Tullius CICERO (Cicéron) : frère cadet de l'orateur, né en 102; gouverneur d'Asie de 61 à 58, lieutenant de César en Gaule en 54; siège d'Alésia; d'abord pour Pompée, se rallie à César; après la conjuration s'en prend à Antoine; devient proscrit et fut tué en 43.

     - Marcus Licinius CRASSUS Dives : deux fois consul avec Pompée en 70 et 55, fit partie du premier triumvirat; défait à Carrhes (53), il tomba entre les mains des Parthes et fut mis à mort.

     - Marcus Julius SILANUS : frère utérin de Marcus Brutus; lieutenant de César en 53; après le eurtre de César en 44, servit d'abord Brutus, puis passa à Antoine, et après la défaite d'Antoine, rejoignit en Sicile Sextus Pompée; revint à Rome en 39; consul avec Auguste en 25.

     - Quintus TITUIUS SABINUS : lieutenant de César; campagne contre les Belges et défense de Bibracte en 57, avec seulement trois légions tient en respect les peuples de l'Océan en 56; après la seconde expédition en Grande-Bretagne il tombe dans une embuscade des Eburons (Belges, clients des Trévires) et est égorgé avec la plupart des siens.

     3° Généralités :

     - Celtes : César désigne par Celtes tous les peuples de la Gaule celtique, entre la Belgique et l'Aquitaine. Antérieurement à César, les Celtes avaient occupé une grande partie de la Germanie, s'étaient répandus au nord, dans la Grande-Bretagne; au sud, dans l'Espagne (Celtibères) vers la Galice; avaient même poussés jusqu'en Asie Mineure (Galates de Turquie).

     - Eduens, peuple situé entre Loire et Saône, rivaux des Arvernes, étendant leur influence chez les Belges Bellovaques. Alliés des Romains depuis leur arrivée en Gaule en 121.