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Histoires de Bretagne 5

     Terroirs de Haute-Bretagne :

       La rédaction par Jean-Jacques BLAIN - et son père Jacques - de 3 ouvrages sur le "Grand Fougeray", commune située au sud de l'Ille-et-Vilaine, va nous permettre de nous projeter dans notre passé collectif, au temps où le "paysan" était majoritaire en nombre.....

  La densité de la population en Haute-Bretagne peut être évaluée à environ 2 habitants/km2 à l'Age du Bronze puis à 15 habitants /km2 au moment de la conquête romaine (57 av JC) pour atteindre 60 habitants/km2 en 1877. Au temps du Néolithique (5000-2000 av JC) les premiers agriculteurs qui cultivaient déjà le blé ont donné naissance à l'art mégalithique. En 1883, un inventaire permit de répertorier en Ille-et-Vilaine 37 dolmens, 189 menhirs, 39 alignements et 43 cromlechs.

     Les premières traces de talus et bocages datent de 500 ans av JC, mais ce n'est qu'au Moyen Age que cette organisation de paysages se répandit. Dès l'Antiquité, les petites fermes obéissaient à la règle armoricaine de l'habitat dispersé. Les gens vivaient cependant la plupart du temps dans des hameaux. De petits enclos avec fossés et talus se trouvaient dans l'entourage immédiat des habitations. Ces enclos permettaient de contenir les bestiaux ou de protéger les jardins. La période de construction des talus se situait entre début novembre et fin avril afin que la terre soit assez humide. Il fallait environ deux heures pour réaliser un mètre de talus. Les animaux trouvaient leur nourriture dans les prés, landes et sous-bois. Mais les animaux divagants étaient un vrai problème pour les cultures. Cette forte préoccupation est une des raisons de la constitution du BOCAGE. Les haies étaient des remparts contre les dégâts des animaux et le paysan faisait régulièrement le tour de ses cultures et de ses haies pour les vérifier. En permanence il entretenait ces dernières, refermant avec des ronces la moindre brèche.

     Tous les chemins étaient de qualité médiocre et on ne pouvait sans doute pas franchir plus de trente kilomètres par jour vers l'an mil.  Ces chemins transversaux étaient étroits, en terre, peu ou pas empierrés et la circulation y était difficile pendant une période plus ou moins longue de l'année. Les adjectifs les qualifiant parfois dans les textes anciens sont évocateurs : "chemins fangeux, néyés, fondus ou remplis d'immondicités, rendus impraticables et tout mouillés qu'on ne pouvoit charroyer..."Les chemins bordés de haies retenaient l'eau des pluies, les pieds du bétail s'y enfonçaient. Parfois, le chemin ,devenu impraticable, était doublé par une "rote messière", sentier établi pour permettre au piéton d'aller à la messe sans se crotter. On pouvait aussi couper à travers champs et à chaque bout on traversait par un simple trou dans la haie. Ou bien le sentier était fermé par des piquets que l'on pouvait escalader : les ECHALIERS si bien décrits dans les ouvrages sur les "Chouans" de Balzac et Victor Hugo.

      Les usages et les arrêts du Parlement de Bretagne avaient établi certaines règles pour l'entretien et les réparations de ces chemins vicinaux. Les "chemins de traverse", conduisant de bourg en bourg et de village en village, étaient "sous la garde des seigneurs qui étaient tenus d'employer à leur réparation les deniers de leurs amendes". Leur entretien incombait en fait au général de paroisse, mais celui-ci était d'avis que ceux qui possédaient des biens adjacents au dit chemin devaient, eux-mêmes, en assurer les réparations. Finalement personne n'intervenait! Quand les charretiers trouvaient un passage absolument impraticable, ils faisaient un léger coude sur la terre voisine. Son propriétaire acceptait cet usage sachant qu'en cas de réclamation de sa part il aurait été obligé de procéder aux réparations.

     On utilisait ces chemins creux pour se rendre à la messe dominicale et aux foires. Il existait aussi tout un va-et-vient de mendiants, de colporteurs, d'artisans et de journaliers en quête d'embauche, sans oublier le meunier et ses aides. Tout ce petit monde, le dixième de la population, répandait aussi les "nouvelles". "Le paysan ne refuse jamais au mendiant un morceau de pain, le coucher dans le fenil, et souvent la soupe et l'écuelle de lait; aussi le pays est-il couvert de gens qui mendient les secours de l'habitant laborieux, lequel, le plus souvent, n'ose les refuser dans la crainte de voir jeter un sort, sur lui, ses enfants ou ses troupeaux", écrit Girault de Saint-Fargeau en 1829. L'Ille-et-Vilaine, avec 35.000 indigents et 15.000 mendiants, était le département français où la proportion de mendiants était la plus élevée au XIXème siècle. Chaque paroisse avait ses mendiants attitrés et les entretenait. La mendicité était une conséquence extrême de la surpopulation qui restait socialement tolérée pour des raisons religieuses. Beaucoup d'anciens artisans ou de paysans micro-propriétaires oscillaient entre une activité épisodique de journalier, le chômage partiel et la mendicité.

Nota AG : à l'autre bout de la Bretagne la mendicité est fort bien décrite avec les textes de Jean-Marie DEGUINET (1834 - 1905) "Mémoires d'un Paysan Bas-Breton".

     Les "foires aux domestiques" : Les plus importantes étaient celles de Rennes (le jour de la St Pierre sur le "Champ de mars") et de Vigneux, près de Nantes, au lendemain de la "Trinité". Les domestiques qui ne se louaient que pour la "métive" (les moissons) avaient à leur chapeau un épi de blé vert. Ceux qui voulaient se gager pour l'année entière ornaient leur chapeau d'une rose et, s'ils étaient charretiers, avaient un fouet autour du cou. Les faucheurs portaient leur faux, la lame attachée parallèlement au manche. Les filles portaient un bouquet de rose à leur corsage.

     Dans le cas d'émigration définitive, les jeunes partaient autour de vingt ans. Pour les garçons, le service militaire était le révélateur. Quand ils en revenaient, ils constataient que la ferme ou l'atelier artisanal avait très bien fonctionné pendant leur absence. Ils estimaient alors qu'ils pouvaient ou devaient partir. L'abbé EUZEN indiquait en 1908 : "Les jeunes filles bretonnes peuvent encore se placer facilement, car la Bretagne reste aux yeux du monde la terre classique de la probité et de la foi... Mais les hommes trouvent plus difficilement à se caser. Ceux qui n'ont pas de métier déterminé font des journées par-ci par-là, toujours employés aux travaux les plus répugnants ou les plus durs.."

     NOTA AG : En 1813, il existait 144 fermes sur Acigné qui occupaient près de 600 personnes pour une population de 2000 habitants. En 2004, il ne restait que 36 exploitations agricoles avec moins de 2 professionnels en moyenne par unité. Ces changements sont intervenus à partir de 1955 et la "mécanisation agricole".

Au Pays de la "Galette-saucisse" :

     Le seigle , mieux adapté que le froment aux terrains pauvres, était toujours important en Bretagne intérieure. Le grand changement fut l'introduction du SARRASIN - ou blé noir - venu, semble-t-il, d'Asie Mineure et plus sûrement à l'origine de la froide Sibérie au XVème siècle ou au début du XVIème siècle et qui s'étendit largement. Notons toutefois que des grains de sarrasin ont été trouvés dans quelques sites au début de notre ère... Ceci étant dit, le sarrasin s'adapte bien aux sols pauvres et il fournit des rendements élevés pour l'époque, jusqu'à 17 pour un (alors que la moyenne des autres céréales est de 4/5 pour un). Un inconvénient cependant : la très grande irrégularité de la récolte, celle-ci ne rapporte même pas la semence les mauvaises années. Avantage toutefois du sarrasin : il n'est pas soumis à l'impôt de la "dîme" et, les paysans le broyant eux-mêmes dans des moulins à bras et en faisant des galettes, il échappe aussi au moulin et au four banal du seigneur, coûteux et vexatoires. Le sarrasin est aussi une céréale très mellifère qui a été une des bases de l'apiculture en Bretagne. Les cultures de blé et d'avoine furent alors consacrées au paiement des impôts et à une petite exportation. Le blé noir était conservé pour la subsistance.

Nota AG : A Montautour, près de Vitré, a lieu une Fête du "Blé noir". Le blé noir (sarrasin) était toutefois plus important que le froment en sol peu fertile comme Le Grand-Fougeray, contrairement à Acigné et au bassin de Rennes.

     La galette de blé noir : au début du XIXème siècle, la galette de blé noir était l'aliment clef qui se préparait tous les deux jours en moyenne. Tous les inventaires des notaires ou du juge de paix commencent par la "pierre à galette" (en fonte) et la "tournette". En 1835, dans tout le Grand Ouest, on consommait cinq fois plus de sarrasin par personne que la moyenne nationale, et le froment ne représentait que le tiers des besoins alimentaires.

     Les galettes étaient généralement faites le matin, après avoir préparé la pâte avec la farine de blé noir, un peu d'eau, du lait et du sel. Une fois refroidies, elles étaient coupées en quatre et les quartiers étaient entassés les uns sur les autres pour ne pas sécher. On les mangeait ainsi ou on les faisait réchauffer à la poêle avec du beurre. Elles remplaçaient souvent le pain et se mangeaient avec le lard et les choux. Les ingrédients accompagnant la galette étaient, éventuellement, un oeuf ou une saucisse, mais jamais de fromage, qui était inconnu dans la région.

     La farine de blé noir n'avait pas pour seule destination la galette. On en faisait aussi beaucoup de la bouillie de blé noir. On n'hésitait pas à faire plus de bouillie que nécessaire pour le repas. Le reste était laissé à refroidir au fond de la casserole ou du plat et, le lendemain, on coupait la bouillie durcie en lanière de 1,5 à 2 cm de largeur. Ces morceaux étaient dorés à la poêle avec du beurre avant d'être servis.

     "Tout est bon dans le cochon!" La saucisse accompagnait fort bien les galettes. Ramasseurs de déchets, fouisseurs infatigables, les porcs étaient laissés en liberté dans les cours de ferme et aux alentours. Dans les fossés et les haies, le cochon trouvait une nourriture bon marché, comme les glands à la saison. Le soir, on le ramassait dans sa soue où la fermière lui versait sa soupe dans son auge. C'était du "gabouret" ou "gabouriau" (mélange de farine grossièrement moulue et de son mouillés avec les eaux de la cuisine, du petit lait ou de l'eau claire), des pommes de terre ou de petites châtaignes cuites dans une "chaudière". Souvent, un cochon était gardé spécialement pour la saison des châtaignes et des glands,  sa viande était jugée des plus savoureuses.

  En 1866, les porcs se vendaient en moyenne 65 F, les veaux 75 F, les vaches 100 F, les boeufs 300 F et les chevaux 350 F.

Pour la conduite des boeufs, on utilisait ces onomatopées : 

     - à droite : "Ptffrr" avec grandes vibrations des lèvres,

     - à gauche : "Aââh", reculer : "Ssssé" 

Pour les chevaux de trait :

     - à droite : "Ahi",

     - à gauche : "Tiouc",

     - en avant : "Hue",

     - recule : "Recu".

On disait que dans un hectare de labour il y avait environ deux journaux (prononcer "journiaw") de terre. Cette mesure désignait la quantité de terre que peuvent labourer en une journée deux boeufs attelés (juncti) à la même charrue. 

    Le beurre et le lait ribot : on buvait beaucoup de lait en l'état. Il est curieux de voir encore beaucoup d'éleveurs laitiers "n'aimant pas le lait"! Le lait, on le consommait plutôt en beurre et en lait ribot. Le beurre était toujours sur la table. Il servait aux tartines des écoliers, à "embeurrer" les choux, les galettes chaudes... Le beurre était si essentiel en Bretagne qu'Anne de Bretagne avait obtenu du pape, à l'occasion de son mariage, une dispense permettant à la duchesse, sa maisonnée et à tous les Bretons de manger du beurre en carême! Il était consommé également une grande quantité de lait baratté, souvent avec des pommes de terre, des châtaignes bouillies ou de la galette trempée.

     Faire son "beurre" : dans les fermes la journée de travail commençait par la traite et l'alimentation des veaux tenus à l'attache, que l'on mettait à téter sous la mère. Après la traite manuelle, le lait était placé dans des pots en terre rangés dans un coffre spécial de l'embas : la "huge" (ou huche) à lait. On attendait la remontée naturelle de la crème à la surface, ce qui pouvait demander quatre à cinq jours. L'écrémage se faisait alors, à la louche. Une fois séparée du petit lait, qui servait à l'alimentation des cochons, la crème était transformée en beurre dans des ribots préalablement ébouillantés à l'eau chaude. Dans ces récipients en bois ou en grès, on actionnait un malaxeur constitué d'un manche en bois muni d'un disque troué à une extrémité. Le beurre était obtenu au prix de gros efforts physiques et en un temps plus ou moins long suivant la température de la crème. En 1867, on écrivait que "le beurre est un des principaux produits des fermes du département; son prix a augmenté considérablement par suite des exportations tant sur Paris, par voie de fer, que sur l'Angleterre, par voie de mer." L'écrémeuse centrifuge fut introduite en 1878. L'apparition des barattes métalliques à axe vertical facilita également la fabrication du beurre.

     La châtaigne : Le châtaignier a été appelé dans un rapport du XIXème siècle l'"arbre à pain du département". En 1804, on indiquait que les châtaignes fournissaient ordinairement plus de deux mois de subsistance.

    La pomme : Le dessert le plus fréquent était la pomme. On la mangeait en l'état à toute heure de la journée ou cuite au coin du feu. En 1806, on estimait le nombre de pommiers en Ille-et-vilaine à 2.800.000. En juillet on mangeait des pommes de la Madeleine vertes et dures. Avant de les consommer on les tossait (frappait) contre la pointe du coude pour les attendrir. Les pommes de Chailleux se conservaient jusqu'à Noël, les pommes de Judin et de "de sur le pailler" jusqu'en avril. On a compté plus de 300 variétés de pommes à cidre sur le Département. Pour faire le cidre on associait la Bédange avec une variété locale.Dans les années 1920, on en faisait facilement 2 à 5000 litres chaque année dans chaque ferme.La consommation atteignait 3 à 350 litres par an et par habitant. Le cidre était d'ailleurs proposé aux collégiens dans les écoles.

     Le cidre se consommait beaucoup au cellier. Tous les visiteurs masculins à la ferme y étaient invités. Le cidre était offert "au cul du fût", assis sur un banc de bois. L'hôte commençait toujours par se remplir une bolée à la clé, et à la boire sans plus de cérémonie. Puis il remplissait tour à tour le même récipient pour chacun de ses invités qui buvaient ainsi à tour de rôle. 

     L'origine du goût des Bretons pour les boissons alcoolisées? Au XVIème siècle, dans la littérature espagnole, le breton était devenu le personnage type du "marin en bordée". En 1636, un voyageur parla de ces "bretons qui ne peuvent se passer de boire". Madame de Sévigné écrivit en 1671 "qu'il passe autant de vin dans le corps des bretons que d'eau sous les ponts".

     On pense que l'origine de cette habitude remonte aux débuts du "roulage", quand les marins bretons commencèrent à transporter du vin de La Rochelle et de Bordeaux vers l'Europe du Nord, pour s'en faire une spécialité au XVIème siècle. Les contrats d'affrètement leur accordaient en effet le droit de "breuvaige", c'est-à-dire d'utiliser le vin de la cargaison pour leur boisson pendant le voyage. A terre, ils ont conservé cette habitude, qui s'est étendue progressivement des ports et de zone côtière vers l'intérieur.

     Le cidre mène aussi à la danse et aux fêtes :

"La vie productive des paysans bretons se règle sur les besoins et non sur les profits. Tous vivent sous le même toit, la maison est le lieu à l'abri et, par-delà, du rassemblement et de la communauté. Faut-il parler de promiscuité ou d'intimité? Seul le travail permet de s'isoler. Chacun tient compte du caractère de l'autre, ménage les susceptibilités, et sait profiter des générosités. les heurts sont rares. Et comme il faut d'abord faire face aux besoins de chaque jour, on s'épanche assez peu... Les fêtes sont justement là pour apporter une communication qui n'existe pas par ailleurs. Avec le cidre et les danses, les langues se délient, les rancunes entre voisins s'estompent et les amours naissent."

     Dans un ouvrage de 1550, Noël du fail, petit noble campagnard de St Erblon (St Herblon) au sud de Rennes rapporte ceci : "Les jours chômés, nos bons pères fussent plutôt morts que de ne pas rassembler tous leurs rogations chez quelqu'un du village pour s'y récréer et prendre le repos du labeur de la semaine... Après avoir bu également et toutes leurs forces, le tout méthodiquement, ils commençaient à bavarder des champs sans retenue. Messire Jean, le feu curé de la paroisse, jasait à qui mieux mieux, installé au haut bout de table... Le reste des bons lourdauds parlait du décours de la lune, de l'époque à laquelle il serait bon de planter les poireaux, du temps convenable pour houer la vigne, pour greffer ou couper le coudrier et le châtaignier, pour fabriquer les cercles à lier les tonneaux... Après dîner, quelqu'un du village sortait de dessous son vêtement un rebec ou une flûte; il y soufflait avec une grande maîtrise et le son doux de son instrument, accompagné d'un hautbois qui se trouvait là pour le seconder, les y invitait si bien qu'ils étaient contraints, bon gré mal gré, après avoir jeté leurs robes et leurs casaques, de commencer une danse... Lorsque la fumée du vin commençait à emburelucoquer les parties du cerveau, quelque bonne luronne menait la ronde par-dessus les tables, bancs et coffres, autant d'une main que de l'autre... La danse finie, ils recommençaient de plus belle à trinquer et à lever haut et franc le verre sans se battre. Puis, après s'être échauffés, ils allaient, si bon leur semblait, voir quelque pré ou champ bien préparé et là, ils s'asseyaient d'ordinaire pèle-mêle..."

     Le pouvoir de guérir : en Pays Gallo (et sans doute ailleurs) ceux ou celles qui étaient nés et baptisés le 25 janvier avaient le pouvoir de passer le feu, c'est-à-dire les brûlures, et les venins ou vlins (piqûres d'insectes, de vipères, éruptions cutanées, oedèmes et autres congestions). Une autre date semble aussi fonctionner : le 10 août! En avez-vous d'autres à donner?

Les jeux populaires :

le jeu le plus répandu en Bretagne était la "SOULE",gros ballon de cuir rempli de son, que l'on jetait en l'air et que l'on se disputait ensuite entre les joueurs. Ce jeu brutal rassemblait plusieurs dizaines de participants de midi jusqu'au coucher du soleil. Le but était de loger la soule dans une chapelle ou une maison choisie au préalable. Tous les coups étaient permis ou presque, si bien que l'on a dit que "la soule, c'est un jour d'indulgence plénière accordée à l'assassinat".

 D'autres jeux plus calmes étaient aussi pratiqués comme le tir à l'arc, les boules... Quand on tuait un mouton ou une chèvre, on donnait aux enfants les petits os des membres. Parfois, on les teignait pour qu'ils soient plus jolis. Il en fallait cinq. On jetait les "OSSELETS" en l'air et, sur le sol, on constatait qu'ils étaient pour certains sur le dos, d'autres sur le plat, d'autres sur le creux. Il fallait ensuite les replacer tous sur le même côté en un minimum de coups. On en jetait un en l'air et, avant de le reprendre au vol, on plaçait convenablement ceux qui restaient à terre.

   En campagne, on n'achetait pas de jouets, mais les enfants les fabriquaient eux-mêmes ou avec leurs parents. Les terrains de jeux les plus habituels étaient les prés où les enfants étaient chargés de garder le bétail, activité qui leur laissait une marge de liberté.

     Noël du Fail raconte les souvenirs d'enfance d'un vieux paysan : "Je commençais à faire une cabane et à ramasser force petit bois. Le bonhomme, de son côté, ramassait quelques bagatelles pour m'aider, ou me fabriquait un couteau de bois, un moulinet, une fusée, une flûte d'écorce de châtaignier, une ceinture de jonc, une sarbacane de sureau, un arc avec du saule et sa flèche avec une tige de chanvre; ou bien une petite arbalète et son trait empenné de papier; un petit cheval de bois tout équipé, une charrette, un chapeau de paille; ou bien il me faisait un beau plumet de plumes de chapon et me le mettait à l'ancienne mode sur mon bonnet."

   La "pétouère" (sarbacane à piston) était fabriquée avec une branche de sureau et du papier mâché ou de la filasse servait de projectile. Avec quelques morceaux de bois, on construisait une paire d'échasses, des toupies, des moulins que l'on plaçait dans le ruisseau. dans les écorces de pins, on taillait des petits bateaux. les jeux de "billes", alors en terre cuite, étaient très prisés. dans la cour de l'école on jouait à l'"épervier" ou à "chat perché". Les poupées, les filles les faisaient en chiffons avec des habits en feuilles cousues avec des brindilles. Elles aimaient également la tenue de mariée avec du lierre, du liseron ou des feuilles de châtaigniers attachées avec des épines. Jouer à la "marelle", sauter à la corde et faire des rondes en chantant, étaient leurs jeux favoris.

     L'EDUCATION : passée la lutte contre la "Réforme", la formation des élites retint seule l'attention, même chez les propagandistes des "lumières", à quelques exceptions près dont Diderot, Turgot ou certains membres du bas-clergé. La Chalotais, procureur du parlement de Bretagne, soutenait que "le bien de la société demande que les connaissances du peuple ne s'étendent pas plus loin que ses occupations". Voltaire l'en félicita par courrier : "Je vous remercie de proscrire l'étude chez les laboureurs". Rousseau émit un jugement similaire : "N'instruisez pas l'enfant du villageois car il ne lui convient pas d'être instruit."

     "Lire sans écrire" : A Acigné, pour 5 sols par mois on pouvait apprendre la lecture comme l'écriture. Mais dans nombre de communes on pouvait soit apprendre à lire soit à écrire avec une évaluation en sols différente. La dissociation écriture/lecture avait une origine pratique. La plume d'oie demandait à être taillée et c'était pour l'élève ou le maître une servitude. Il fallait aussi tenir une plume sans se barbouiller, difficulté que nous, utilisateurs de stylos modernes, avons oublié. Le papier était un produit rare et onéreux. Enfin, il fallait sécher la page écrite en la saupoudrant de sable fin. L'invention, au cours du XIXème siècle, de la plume d'acier, du crayon à mine, du papier buvard bon marché, la généralisation de l'ardoise comme support temporaire de l'écriture sont, pour une large part, responsable de la vulgarisation de l'écriture. Avec Louis-Philippe, le pouvoir, beaucoup plus laïc et bourgeois que son prédécesseur, fut pour la première fois très volontariste au sujet de l'école primaire. La loi Guizot de 1833 imposait la création d'écoles de garçons, toujours confessionnelles et non obligatoires, mais publiques et assumées par la commune. L'enseignement n'était ni obligatoire, ni gratuit, sauf pour les indigents. C'était le premier pas vers l'alphabétisation des masses. Les filles n'étaient cependant pas concernées. Pour l'Eglise, l'enseignement était un moyen pour reprendre les positions perdues dans la société depuis la "Révolution" de 1789. Il s'ensuivra une "course de vitesse" entre les deux écoles qui suscita dans l'Ouest un interminable conflit mais aussi provoquera la recherche de l'excellence et des bons résultats.

     NOTA AG : Acigné innova très vite! Dès 1718 elle disposait d'un enseignement pour une trentaine de jeunes filles, grâce au recteur de la paroisse. Pour les garçons fut créée une école "de fréquentation facultative" en 1833.

     Avec les enfants de paysans, dont la motivation était relative, l'assiduité à l'école suivait un rythme saisonnier. Ainsi, dès la mi-juin, avec les foins, beaucoup d'enfants disparaissaient pour ne rentrer qu'à la Toussaint, après la moisson du sarrasin et la récolte des châtaignes. Il y avait aussi les jours de foire ou de marché, les petits frères ou soeurs malades et les vaches à garder.... Il faudra seulement attendre 1939 et la loi sur les allocations familiales pour abaisser l'absentéisme à l'école.

     Les noms de communes en "AC", "é" ou "ay" :

     Ces noms en "ac" restent fréquents à l'ouest de l'Ille-et-Vilaine. Ils dérivent du suffixe gaulois "iacos" qui, sous l'influence latine, est devenu "acum" puis, sous l'influence romane, a été raccourci en "ac". Pipriac, Lohéac, Messac, ...

     Lorsque l'influence romane a été plus profonde, plus longue, la consonne finale a été atténuée pour donner "é" ou "ay". C'est le cas d'"Acigné". Dans les zones ou l'influence romane a été faible ou absente, à l'inverse de l'influence de la langue bretonne, le "acum" a évolué vers "o" ou "ec" ou "euc".     

     Le PATOIS : en 1863, le ministère de l'Instruction publique classait les départements selon leur caractère francophone ou non. L'Ille-et-Vilaine hérita du qualificatif de "douteux"! en effet le patois dominait largement dans les campagnes, avec des variantes d'une commune à l'autre. imaginons une conversation en patois gallo entre un fils au retour de l'école et sa mère :

- Et tes choques, regardes comme é sont sales, et tes hannes. Ah, té biau mon pourciau! - C'est pas ma faute, c'est Pierre et julien, Y m'ont pousse. Je huche mais im bèze, i sont pu fort que ma. Y m'ont pousse dans l'bouillon. - Bon, et ben piss que c'est coume ça, vas pisse un coup et vas te couche. Et met ta dans la nelle pour pa gêne ton frère quand i va alle dormir. - C'est pas juste, c'est les aoutres qui m'ont tape et c'est ma qui m'fait engueule. J' m'en fous, j'les rebézere demain souère. - Et pi d'abord, y m'ont pris ma petouère, faudra ben qu'i m'la redoune. En plus, il a un vélo li, et faut que j'vas a pie. c'est pas juste. C'est ben égal, j'vas s'me des mailles dans la rotte et son vélo va kerve. D'abord, j'vas tire les ridiaux d'mon lit et j'vas couche dans le milieu exprès pour beze mon frère. La!

     Quelques principes de construction du gallo : la finalité des mots est très accentuée et modifiée. Les noms dont la terminaison est en "ais" se prononcent en "a" la Dominelais = Dominela. Particularité du "ay" Fougeray = Fougereu. Les terminaisons en "eur" deviennent "eu" ou "ou" porteur = porteu. Les mots en "au" se prononcent comme le "ow" anglais saucisse = sowcisse. les mots en "eau" se prononcent "iau" chapeau = chapiau. On met également un "i" à la place du "l" place= piace, noblesse= nobiesse. On suprime les "i" des mots en "ien" rien= rin. Les mots en "ui" se transforment en "e" nuit= ne. Les "é" et "è" devienennt muets (prononcer eu) cellier= cellieu. Les mots en "oi" se prononcent "a" toi = ta, Les mots en "oir" se prononcent souvent "air" boire= baire mais parfois ils se prononcent "oère" pétoire = pétoère,  coiffe= coeffe. Les syllabes "dr", "br", "gr", "pr" se prononcent der, ber, guer, per et vendredi = venderdi, grenouille= guernouille. Les syllabes finales "tre", "dre" sont escamotées et un litre de cidre se dit "un lit' de cid'". Les conjugaisons sont parfois originales, et le passé composé est amélioré et d'usage courant : aller = j'ailli, tu allis, il allit...

     Quelques mots ou expressions :

Dame si, ou dame veï, dame non = affirmatif, négatif; une "couée de garçailles = un grand nombre d'enfants; "Y fra jamais ren c'ti là = il ne fera jamais rien celui-là; "la chia est crouillée" = la barrière est fermée; "Prend une chaire et siette ta = prend une chaise et assis-toi; "Chome ta, reste pas là comme un bobiau"= lève-toi et ne reste pas là comme un simplet; "le cellieu est pien de baille sans saille = le cellier est plein de boit-sans-soif; "faire merienne = faire la sieste.

     Le climat océanique breton permet nombre d'expressions sur le pronostic du temps :

- Le tonnerre du matin signifie vent, celui de midi pluie; Quand il pleut à la St Médard il pleut quarante jours plus tard. A moins que St Barnabé ne lui coupe l'herbe sous le pied; un halo ou un cercle jaunâtre autour de la lune indique une pluie prochaine; si, à son quatrième jour, on la voit se détacher sur le ciel avec un croissant nettement dessiné, il est probable que le temps sera beau pendant le reste de son cours; quand le ciel est rouge au coucher du soleil, c'est signe de vent pour le lendemain; si les poules et les pigeons ne se mettent pas à l'abri mais étendent les ailes à la première pluie, le mauvais temps ne durera pas; l'hirondelle qui vole haut annonce le beau temps, si elle rase la terre elle annonce la pluie; lorsque le chat est occupé à faire sa toilette, s'il ne se frotte pas le nez c'est signe de beau temps, mais s'il passe la patte par-dessus l'oreille c'est signe de pluie;

     Le MARIAGE en "Pays GALLO" :

     Une semaine avant la date du mariage, le jeune homme enterrait sa vie de garçon avec ses camarades, mais la fiancée ne devait pas y participer.

     La cérémonie de mariage elle-même se passait toujours le mardi. "Si on se marie le samedi, on fait gras la veille pour recevoir les invités et on viole les lois de l'Eglise. Le lendemain, qui est un dimanche, on manque la messe....".
     Environ une semaine avant le jour du mariage le premier acte consistait à transporter le fût de cidre, préparé spécialement, vers le lieu du banquet, habituellement chez les parents de la future mariée. La barrique était transportée sur une charrette ornée de fleurs et au son du violon ou de l'accordéon. Ce transport préalable permettait au cidre de se reposer avant que le fût ne soit mis en perce, le mardi suivant. Le dimanche avait lieu l'"agouvreu", c'est-à-dire le transport du trousseau et des meubles au futur domicile des jeunes mariés. Musique et chants étaient de nouveau de la partie. Le lundi, les jeunes et la contrée se réunissaient pour transporter vers le lieu du mariage la vache prévue pour être consommée au banquet ainsi que le matériel loué ou prêté (tables, vaisselle, ..). Les voisins apportaient les chaudières. On dressait les tables sous une tente dans une prairie à proximité de l'habitation des parents de la mariée ou dans une grange. Les voisins amenaient également en cadeau des poulets déjà plumés, du beurre et des gâteaux (des quatre-quarts le plus souvent).

     Pendant la première moitié du XXème siècle, le menu était était souvent : potage de vermicelle, pot-au-feu, rôti de veau, poulet rôti et quatre-quarts. Le cidre était offert à volonté, mais le vin contingenté : un seul verre de vin blanc ou rouge à la fin du repas, et dans lequel les hommes trempaient en général leur gâteau. On concluait ce repas par un café, un peu d'eau-de-vie, une dragée et une cigarette. Ce banquet avait duré plus de trois heures.

     On passait alors au bal. Le violon aura sans doute été un des vecteurs du répertoire d'airs à la mode qui passa des salons aux fêtes rurales. Les derniers violons se turent avant la dernière guerre. Progressivement l'accordéon diatonique se substitua à lui. On disait volontiers "jouer de la bouzine" (vessie) par des "sonnous" qui étaient présents pendant les trois jours du mariage. Le musicien montait sur un fût et jouait en rythmant la cadence avec son talon. On pratiquait les danses à figures (avant-deux, pastourelles, ..) et les danses par couples (polkas, scottishs, ...). Les distractions étaient rares en campagne et il était fréquent que des jeunes du voisinage s'invitent pour les danses, sans rien demander. On les appelait les "chiens de noces"! Le soir venu un autre repas était servi. La messe du lendemain matin de la cérémonie était dite pour les défunts des deux familles. Et c'était ensuite le "retour de noces".... Pour clore le tout, on remettait ça une dernière fois le dimanche suivant, pour une petite fête réservée aux jeunes surtout.

     Il y avait aussi de vrais "mariages de raison", arrangés grâce à des entremetteurs. Ces mariages-là n'étaient pas forcément mal vécus. "L'amitié naît sur l'oreiller" affirmait-on. Mais quand cela se passait moins bien, qu'importe, "Là où la chèvre est attachée, il faut qu'elle broute!", disait-on aussi. Les divorces étaient rarissimes. Il en allait de l'honneur de la famille.

 

Merci aux deux auteurs des 3 ouvrages qui représentent en tout 510 pages de textes, documents, dessins, illustrations. C'est très riche et d'autant plus difficile la sélection de ces écrits sur internet!

Pour consulter "Le Grand Fougeray" Tomes I, II, III :

Médiathèque d'Acigné.

NOTA AG / 200.000 kms de haies arrachées!

entre les années 1960 et 1990 le REMEMBREMENT des parcelles et l'arasement des haies étaient subventionnés afin de faciliter l'accès aux engins agricoles. Encore aujourd'hui la Politique Agricole Commune, en déduisant les haies trop larges et les ilôts d'arbres du calcul de la prime agricole, n'incite pas au maintien du BOCAGE. De plus on ne sait plus entretenir les haies et conserver les ragosses. Les ravageurs de cultures et les mauvaises herbes migrent vers les parcelles cultivées.

     Pourtant les HAIES sont une fabrique d'humus, source d'engrais, un brise-vent, un régulateur de climat, une éponge pour les fossés. Elles limitent l'érosion du sol et le déferlement de boue (comme à Morlaix après le remembrement), et sont une retenue à l'écoulement du lisier jusqu'à la mer, un abri pour les insectivores (crapaud, lézard, merle, coccinelle, mésange, ...). 
     Comme tout est aussi un "retour en arrière", parfois pour le meilleur, certains départements font replanter des HAIES.... pour joindre l'utile et l'agréable!

Voir www.errances.info

O.F vendredi 16 janvier 2015 : "...chaque année plus de 400 km de talus sont recréés, 1.200 km sont détruits! "L'avant-projet PAC exclurait les haies et bosquets des surfaces comptant pour les aides. Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, a été alerté. Il est évident que les nouvelles règles de verdissement de la Politique Agricole Commune ne doivent pas aller à l'encontre de la protection de l'environnement. Ce serait complètement incohérent."

O.F. 23 mars 2015 : "Démonstration de taille de haies à Balazé.....dans le cadre du programme de plantation "Breizh Bocage" qui a vu la création de 73 kilomètres de haies bocagères depuis 2009." Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. 

Alain GOUAILLIER,